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Cours sur les principaux savoir-faire du E-management

Introduction

     A l’heure de la mondialisation libérale, la guerre économique ouvre un nouveau champs de bataille : celui de l’information. La connaissance et le contr&oci

rc;le de l’univers informationnel dans lequel évoluent les entreprises, de la simple PME à la firme multinationale, constituent une composante-clé de leur survie.

Comme une immense toile d'araignée, se met en place une « société de l'information globale » dopée par l'essor des nouvelles technologies. Profitant de la révolution numérique, une infrastructure de l'information se déploie à l'échelle de la planète qui favorise l'interconnexion des acteurs du jeu économique. Cette arrivée accélérée des TIC dans les entreprises a eu pour effet de modifier les pratiques managériales faisant apparaître un nouveau concept de management, le e-Management ou management électronique, qui trouve un écho croissant dans la littérature académique .

I.  Concepts de bases du e-management

Définition

     L'e-management  l'intégration, au sein de l'entreprise, d'outils basés sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication, pour en améliorer le fonctionnement.

Michel Kalika :  le e-management comme l’intégration dans l’ensemble des processus de management, précisément la finalisation, l’organisation, l’animation et le contrôle, des impacts et des opportunités des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC)

Historique

    Imaginez que vous ayez besoin d’informations sur les performances de votre service par rapport aux normes de production .Il ya trente ans de cela, il fallait certainement soumettre une requête au service de contrôle des opérations ;la réponse pouvait prendre plusieurs semaines et vous parvenait sous une forme imposée par les procédures de ce même service.

     Depuis la fin des années 70, un nombre croissant des entreprises ont recours à des bureaux automatisés, des robots pour la production ,des logiciels ….

     En 1999,  le e-Management a vu le jour , il a pour origine  le gouvernement fédéral américain qui l’utilisé dans les domaines de :  la planification, l'ingénierie des infrastructures , le développement d'applications et de sécurité de l'information.

       Aujourd’hui , vous obtenez ces informations presque immédiatement depuis votre ordinateur, sachant qu’elles seront en outre personnalisées en fonction de vos besoins.

Intranet :

    un ensemble de services Internet (par exemple un serveur web) interne à un réseau local, c'est-à-dire accessible uniquement à partir des postes d'un réseau local.

 èLe principal intérêt d'un intranet est de pouvoir mettre un ensemble de documents de tous types (textes, images, vidéos, sons, etc.) à la disposition de tous les employés.

è Ses applications concrètes sont multiples : mise à disposition d'informations sur l'entreprise ou de documents techniques , moteur de recherche de documentations, échange de données entre collaborateurs, gestion de projets, aide à la décision, messagerie électronique, forum de discussion, chat en direct, visioconférence, etc.

...

Nota 2

version électronique de l'agenda qui conjugue carnet d'adresse, notes personnelles, listes de tâches, album photo, lecteur musical, etc. Aussi appelé PDA (Personal Digital Assistant).

Nota 3

secrétaire d'État chargée de la Prospective et du développement de l'économie numérique.

Les technologies numériques représentent déjà un quart de la croissance mondiale. Toutefois, l'investissement européen dans ce domaine est deux fois moindre que celui des États-Unis. La France, en dépit de son potentiel, se situe encore au-dessous de la moyenne européenne. Nous devons rattraper rapidement ce retard. »

Depuis ces propos, les événements de la fin 2008 ont confirmé l'entrée de la planète dans une crise économique de forte ampleur. Au-delà des bouleversements qui en sont la conséquence se manifeste la nécessité d'une transformation profonde de notre environnement économique et social. Sans nul doute, les technologies de l'information et de la communication sont appelées, dans ce contexte, à jouer un rôle important par leur contribution à l'émergence d'un nouveau monde et aux pratiques qui l'accompagnent :

  • restructuration de pans entiers de l'économie ;
  • développement de l'activité de service ;
  • émergence de nouveaux métiers, dont télé-travail, formation à distance... ;
  • employabilité ;
  • traçabilité et optimisation de l'efficience individuelle et collective.

             Objet de sarcasmes en raison de certaines dérives technicistes, le « e-everything » est aujourd'hui à la mode. L'acronyme « Atawad » (any time, anywhere, any device) traduit en effet l'omniprésence grandissante des technologies en réseau, qualifiées de « pervasive » (voir Nota 4) par les anglo-saxons. Dans l'entreprise, cette réalité diffuse incite à une approche des nouvelles technologies d'ordre systémique, au sens où l'entend Joël de Rosnay, comme « ensemble d'éléments en interaction dynamique, organisés en fonction d'un but ».

Nota 4

la traduction de ce terme par « informatique diffuse » rend compte de la difficulté d'exprimer une réalité complexe que Lothar Merk évoque dans son livre Pervasive computing Management des nouvelles technologies et e-Transformation [3]. L'ouvrage rend compte de la variété des outils qui rendent l'information accessible et utilisable par tous, à n'importe quel endroit.

             Si les managers des années 1990 accordèrent une attention parfois prudente aux technologies du web, c'est qu'il leur fallait, d'une part comprendre les enjeux de ces dernières et leurs impacts sur l'entreprise, d'autre part intégrer ces nouveaux outils à l'activité courante, dans sa réalité quotidienne. Ces dernières années, une nouvelle avancée s'est traduite par la compréhension que la performance des dispositifs techniques tient autant à sa composante humaine (à l'organisation interne, à la pratique des collaborateurs et aux modalités de management des technologies) qu'aux choix technologiques effectués. Cette compréhension s'exprime, depuis lors, par la prise en compte grandissante des besoins de l'utilisateur, comme du management, ainsi que par la formalisation des processus et des procédures internes qui conditionnent l'efficience.

Le désintérêt, voire la désaffection de certains managers à l'égard des technologies de l'information et de la communication (et de leurs effets sur l'entreprise), tient aujourd'hui encore à plusieurs facteurs. En premier lieu, un discours souvent techniciste vante les solutions proposées, plutôt que de se pencher sur les impacts organisationnels et managériaux des réponses apportées aux besoins de l'entreprise. Sous un autre aspect, des obstacles d'ordre générationnel et d'appétence technologique demeurent. Ils nuisent parfois à la compréhension des possibilités du web et des outils qui en découlent.

             Enfin, d'autres managers sont fondés à observer, avec une certaine lassitude, ce qu'ils ressentent comme une « nième » évolution technologique, après une longue série de promesses techniques non tenues. Tout cela s'inscrit dans la pression croissante de l'environnement du travail et de ses contraintes, caractérisée par la surcharge informationnelle qui s'exerce au détriment des tâches du manager.

             Les années 2009-2010 marquent une inflexion, avec la compréhension croissante que la performance des dispositifs techniques tient à :

  • l'évolution de l'imprégnation technologique des entreprises et de la compréhension de ses enjeux ;
  • l'utilisation par le plus grand nombre des solutions déployées, à l'acculturation technologique (bonnes pratiques), comme à l'implication de l'utilisateur dans la démarche de projet ;
  • l'implication managériale (e-Management) ;
  • la conduite du changement liée au déploiement des nouvelles technologies (e-Transformation).

À l'aube de 2010, trois constats peuvent être dressés de façon synthétique concernant le management des nouvelles technologies.

1.1 Écosystème relationnel et entreprise élargie

Le premier de ces constats se fonde sur l'imprégnation technologique grandissante des entreprises et sur la compréhension par ces dernières des enjeux du web dans leurs liens avec leur écosystème relationnel (clients, partenaires, fournisseurs, administration, gouvernement, etc.) dans la notion d'entreprise élargie.

             Dans son ouvrage publié en 2003, Franck Moreau Management des nouvelles technologies et e-Transformation [5] mettait l'accent sur les impacts croissants du fonctionnement en réseau des entreprises, de leurs démarches d'alliances et de partenariat, comme de leur recours croissant à l'externalisation. L'entreprise élargie se définit en effet par la formalisation et par l'extension de ses connexions avec son environnement professionnel.

             Pour sa part, Michael Milgate Management des nouvelles technologies et e-Transformation [6] soulignait en 2004 la contribution des stratégies d'externalisation à la pérennisation des entreprises. La « lean organization » (voir Nota 5) conduit à recentrer l'entreprise sur ses caractéristiques essentielles tout en formalisant ses relations avec son environnement pour démultiplier sa performance et ses ressources par le biais de l'externalisation. Elle conduit à l'élaboration de nouveaux « business model » qui ont notamment pour avantages la souplesse, la réduction des risques et le partage de l'innovation.

             Mario Capraro et Gérard Baglin Management des nouvelles technologies et e-Transformation [7] faisaient état du déclin du modèle dominant traditionnel constitué par l'entreprise axée sur une intégration verticale. Dans cette configuration, elle réalisait jusque là en interne les différents processus de son activité, de l'innovation à la conception puis à la production, jusqu'à la commercialisation. Cette caractéristique lui assurait la maîtrise de sa chaîne de valeur.

À cette réalité, inscrite depuis deux siècles dans le paysage économique, succède au XXIe siècle une déstructuration verticale au profit de l'externalisation des activités considérées comme périphériques par rapport au cœur du métier. La chaîne de la valeur se définit, dans ce contexte, par les objectifs, les procédures et les valeurs partagées avec les différents partenaires concernés.

Nota 5

la notion de « lean organization » repose sur le postulat que toute fonction de l'entreprise peut être externalisée en raison d'une sous-traitance professionnelle, désormais diversifiée dans les domaines de la recherche, de la logistique, comme de la production. Ce postulat suggère de ne conserver en interne que ce qui constitue un avantage concurrentiel.

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1.2 Concept de e-Management

Le deuxième constat se fonde sur l'émergence de la notion de e-Management du fait de l'utilisation des technologies du web (internet – au sein de intranet – extranet) par un nombre grandissant d'acteurs l'entreprise. L'acculturation technologique s'accompagne de l'implication de l'utilisateur dans la démarche de projet. Le e-Management se traduit par l'utilisation de ces technologies par l'encadrement dans l'exercice quotidien de la gestion des hommes en matière d'animation, d'accompagnement et de reporting des équipes. Dans ce contexte, il s'exprime dans la formalisation des procédures internes de l'entreprise relationnelle, la flexibilité et l'évolutivité des technologies développées, la fluidité des processus décisionnels, l'adaptation du management à ce nouveau contexte. Il se traduit surtout dans l'utilisation des nouvelles technologies dans la démarche managériale, dans la problématique d'animation des hommes et de gestion des équipes.

La figure 1 précise la complémentarité des deux dimensions (technique à gauche et sociale à droite) d'un dispositif web. Le centrage actuel sur la formalisation des procédures internes, comme sur l'implication managériale, met l'accent sur la « maîtrise d'usage », comme facteur essentiel de la performance technologique. La prise en compte des quatre dimensions du schéma conditionne, pour une entreprise, sa capacité d'e-Transformation.

Figure 1 - e-Transformation

             Cette évolution consacre le passage des notions de « hardware » et de « software », caractérisées jusque là par le centrage sur les solutions informatiques, à celle de « peopleware ». Par opposition aux précédentes, cette dernière met l'accent – par un retour du sens – sur l'individu et sur la prise en compte des besoins de ce dernier par les technologies en réseau. L'adéquation de la technologie aux pratiques et aux usages se révèle d'une importance décisive dès lors que, d'une entreprise à l'autre, l'efficience tient davantage aux facteurs humains qu'aux solutions techniques déployées. Dans ce contexte, la formalisation des procédures internes et des bonnes pratiques, le management de proximité retrouvent tout leur sens et l'emportent sur la perspective technologique proprement dite.

             À l'importance accordée aux problématiques de maîtrise d'ouvrage (MOA) et de maîtrise d'œuvre (MOE) succède désormais la prise en compte de la notion de maîtrise d'usage (MUE) Management des nouvelles technologies et e-Transformation [8]. Elle met l'accent sur l'ergonomie des interfaces, la compréhension intime des situations des utilisateurs et des pratiques du travail, dans une dimension où les notions d'« usability » et d'accessibilité prennent tout leur sens.

             Enfin, l'e-Management s'exprime dans la conduite du changement qui accompagne les mécanismes de reengineering interne lors de l'analyse de l'existant dans le déploiement des nouvelles technologies. C'est alors que s'exerce la notion de « e-Transformation » (cf. figure 1). La lecture critique de l'organisation contribue à rendre visible l'invisible (ce dernier concerne les dysfonctionnements internes ignorés ou masqués par le jeu social de l'entreprise), en même temps que se développent des mécanismes de traçabilité d'une grande ampleur sur la marche même de l'activité. Ces derniers ne manquent d'ailleurs pas de soulever certains questionnements éthiques.

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1.3 Entreprise technocentrée ou anthropocentrée

             Pour savoir où en est une entreprise, à l'égard des technologies de l'information et de la communication, un diagnostic simple est souvent révélateur. Il consiste à analyser son dispositif global (technique et humain) pour déterminer si ce dernier est « technocentré » ou « anthropocentré ».

o             Exprimé de manière plus simple, si le déploiement des solutions met l'accent de manière majoritaire sur la dimension technique des dispositifs en place, avec une prépondérance accordée aux notions de « donneur » et de « preneur d'ordre » pour la conduite de projet (en d'autres termes à la « maîtrise d'ouvrage » et à la « maîtrise d'œuvre »), alors l'entreprise appartient à la première génération. Son approche est technocentrée, dans une démarche souvent descendante (top down).

o             En revanche, si la démarche intègre la notion de « maîtrise d'usage », avec la prise en compte des attentes et des besoins des utilisateurs – eux-mêmes parvenus à un certain stade d'appropriation et d'acculturation – alors l'entreprise relève de la deuxième génération, dans une dynamique d'échanges croisés tout à la fois descendants (top down), ascendants (bottom up) et interactifs. Dans la plupart des cas, les outils mis en place s'inscrivent alors dans une véritable approche stratégique, relayée par une forte implication managériale.

             L'association des trois notions de maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'œuvre et maîtrise d'usage constitue le triangle « vertueux » révélateur d'une nouvelle approche des TIC, dans une dimension systémique. La conduite de projet, considérée dans la précédente approche, se transforme alors en conduite du changement. La vision globale privilégie la prise en compte de l'institution dans son ensemble, dans une approche politique, stratégique et tactique. Elle concilie, d'une part les attentes de l'entreprise, ainsi que les besoins de l'utilisateur final (ergonomie, accessibilité), d'autre part le déploiement des procédures et des bonnes pratiques qui conditionnent la performance individuelle et collective.

             Au regard de ces constats, les changements observés sont significatifs. Ils résident dans la maturité des solutions technologiques, la diversité de leurs fonctionnalités en lien avec l'organisation comme avec l'efficience individuelle et collective. Ce mouvement est aidé par la vulgarisation et la propagation de la technologie dans toutes les couches de la société, comme dans les différentes strates de l'entreprise. Un phénomène de porosité et d'interaction permanent conduit l'internaute (à titre privé) à être dans le même temps un intranaute (professionnel) et vice-versa.

o             Dans le même temps, au sein même de l'entreprise s'exerce la pression grandissante du bas vers le haut qu'exercent les populations internes, les plus jeunes ou les plus motivées. Utilisatrices des nouvelles technologies, elles sont conscientes du levier de changement que ces dernières constituent, à l'instar des managers les plus avertis. Elles manifestent une exigence croissante à l'égard des moyens technologiques que leur procurent les entreprises.

o             Enfin, même les dirigeants réticents aux phénomènes de mode technologiques, voire les plus technophobes, sont désormais confrontés aux enjeux de la nécessaire transformation des entreprises, dans le contexte de la concurrence accrue, de l'ouverture des frontières et des mécanismes de la mondialisation.

             De manière progressive, l'ensemble des directions fonctionnelles et opérationnelles des entreprises se trouve concerné – à des titres divers – par les nouvelles technologies. Gérer ses équipes et piloter son activité avec les nouvelles technologies constituent des dimensions de la fonction managériale. L'extension des fonctions de travail (workflows et groupware) en est l'un des exemples, de même que l'autonomie accordée aux entités dans la création d'espaces collaboratifs (espaces-services destinés à tâche une direction, espaces- projets affectés à la réalisation d'une collective dans une temporalité définie, espaces-communautaires dédiés au partage transversal des connaissances et des compétences).

             À un autre titre, la décentralisation de la production de contenus par les directions elles-mêmes, dans le cadre d'un portail intranet notamment, se traduit par l'autonomie de publication. Cette démarche nécessite l'instauration par chaque entité de l'entreprise de son propre système de validation et de mise en ligne de l'information, en même temps que la formalisation et le respect des règles de la gouvernance. En bref, tout cela s'accompagne d'une réflexion nouvelle sur l'employabilité, comme sur l'approche de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

             En conclusion, la focalisation des entreprises sur leur « webisation » s'est traduite, dans un premier temps, par une primauté accordée à la technique, au détriment de la réponse apportée par cette dernière à l'humain. Aujourd'hui, le rapport semble s'être inversé.

Plus que jamais, les ressources humaines sont la force vive de l'entreprise. La capacité de cette dernière à les qualifier – pour les valoriser et les dynamiser – conditionne l'efficience de l'organisation du travail en tant que dispositif, à la fois, humain et technique. Il en va aussi de sa responsabilité sociale.

  1. Contexte de la e-Transformation

2.1 Utilisateur au centre des réflexions

2.2 Approche systémique de l'entreprise

2.3 Convergence technologique et mondialisation

Dans son ouvrage intitulé La terre est plate Management des nouvelles technologies et e-Transformation [9], Thomas L. Friedman décrit un monde dans lequel l'ordinateur et Internet abolissent les frontières économiques et politiques. Le chroniqueur du New York Times décrit les trois formes de pouvoir qui ont marqué de façon successive le monde. Au pouvoir des nations et de leurs empires a succédé celui des multinationales, alors que s'affirme désormais le pouvoir d'Internet.

L'émergence de la notion d'e-Transformation exprime la compréhension du potentiel de changement initié par les technologies de l'information et de la communication dans les organisations du travail. L'AFNET (cf. Nota 6) définit ce concept comme « la transformation de toutes les composantes de l'entreprise (processus, métiers, culture, organisation...) sous l'influence des technologies de l'information et de la communication ». La sous-estimation actuelle du potentiel de création de valeur de ces technologies contraste en effet, de manière flagrante, avec l'enthousiasme prématuré sur les effets attendus, qui s'est exprimé aux premiers temps de leur apparition.

Si la douche froide de l'implosion de la bulle Internet a entraîné un retour à la raison, la prudence actuelle semble parfois timorée devant les enjeux auxquels sont confrontées les entreprises, du fait de la mondialisation.

L'e-Transformation s'inscrit en effet dans ce contexte comme un phénomène de grande ampleur lié, pour une part à la dématérialisation de certaines activités, et d'autre part à l'évolution concomitante de la réalité économique, technologique et sociale du travail. De manière croissante, les activités de service remplacent la production de biens manufacturés dans les économies occidentales.

2.1 Utilisateur au centre des réflexions

Quelles sont les caractéristiques les plus éminentes de l'e-Transformation et des changements survenus pendant ces dix années, pour ce qui concerne l'environnement comme les technologies de l'internet ? Le trait le plus significatif confirme une approche désormais orientée vers l'utilisateur (ou user-centric). Elle succède à l'approche précédente, centrée sur les contenus (ou content centric).

             Dans l'entreprise, ce changement a, notamment, pour conséquence significative l'évolution de la conduite des projets informatiques qui substitue aujourd'hui l'utilisation de méthodologies adaptatives (cf. Nota 7) – elles intègrent l'utilisateur dans les différentes étapes du projet – aux méthodes prédictives (cf. Nota 8) (institutionnalisées en leur temps par des méthodes comme Racines (cf. Nota 9) ou Merise (cf. Nota 10). Ces méthodes dites « agiles » (cf. Nota 11) se distinguent des précédentes (cf. Nota 12) par le séquencement des différentes phases du projet en processus courts accompagnés de livrables successifs, par le caractère itératif des questionnements, dans un ajustement permanent du projet aux contraintes de l'environnement ainsi qu'aux besoins de l'utilisateur.

             Cette progression s'accompagne, dans le même temps, du développement de la notion de « maîtrise d'usage ». Elle confirme l'exigence accrue d'une proportion croissante d'utilisateurs expérimentés à l'égard de technologies qui impactent de manière parallèle à la fois la sphère professionnelle et privée. Elle explique la nécessité d'intégrer l'utilisateur dans les processus décisionnels de l'approche technologique, jusque là domaine d'expertise quasi exclusif de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'œuvre.

Il est significatif de constater l'emprise des collaborateurs sur leur poste de travail, dans une interaction croissante (cf. Nota 13). Elle se concrétise avec l'expansion de la notion de « bureau virtuel », doté le plus souvent de fonctionnalités élaborées de profilage et de personnalisation.

             Ce bureau électronique de nouvelle facture confirme la convergence technologique au sein de l'entreprise, née de la webisation. Cette dernière se traduit par l'intégration – dans une amélioration ergonomique croissante du poste de travail – des moyens de communication et d'information, des fonctionnalités collaboratives et bureautiques, comme des applications métiers.

Cela s'inscrit, par ailleurs, dans une perspective qualifiée de One Net ou de xNet, suivant la terminologie anglo-saxonne, pour manifester la convergence des approches internet, intranet, extranet, auparavant distinctes.

             Les comportements et les manières de faire des individus impliqués par l'environnement professionnel ou privé sont à l'origine de nouveaux besoins et usages qui les accompagnent. Le comportement nomade devient l'une des caractéristiques de notre mode de travail et de notre façon de vivre. Il s'accompagne de la nécessité de pouvoir se connecter en permanence, depuis partout. Technophiles enthousiastes – voire technophobes contraints – s'approprient de bon gré, ou à leur corps défendant, un réseau unique qui structure leur manière de vivre. La propagation de la messagerie instantanée, la vulgarisation des blogs, l'expansion du wifi sont autant de signes de cette évolution.

             Les applications de social software ou de relational software (cf. Nota 14) confirment en effet le phénomène d'acculturation grandissant qui s'accompagne d'un sentiment critique et d'une exigence croissante à l'égard du web. Elles permettent à chacun d'exister ou de produire de l'information sur Internet, sans connaissance technique préalable.

             À l'e-everything, considéré dans son acception négative, succède une attente de cohérence, d'organisation des ressources accessibles, qu'accompagne la structuration des connaissances. À l'« infobésité » – que pointent du doigt nos amis québécois – succède la problématique émergente de l'« infoqualité » (cf. Nota 15). Cette dernière substitue à la surcharge informationnelle une démarche qualitative orientée vers la traçabilité, la fiabilisation et la structuration des connaissances, en vue d'une efficience accrue des outils de recherche.

             Dans cette philosophie de la pertinence s'inscrit le web sémantique (cf. Nota 16), en rupture avec l'actuel web syntaxique. Suivant la définition de Rose Dieng (cf. Nota 17), il vise à permettre aux ordinateurs d'interpréter le contenu sémantique des ressources accessibles sur le web (cf. Nota 18) . Ce contenu sémantique peut être décrit à l'aide du langage RDF de description de métadonnées recommandé par le W3C. Cette nouvelle voie s'inscrit, dans le même temps, dans une réflexion nécessaire sur l'intéropérabilité des systèmes de communication en vue de partager la connaissance structurée.

Nota 6

l'Association francophone des utilisateurs du Net a succédé en 2001 à l'AFUU (fondée en 1982 pour assurer la promotion d'Unix et des systèmes ouverts). L'AFNET mène une réflexion sur les impacts économiques, technologiques et sociétaux d'internet, sur la Net Economie et sur la société en réseau, ainsi que sur les usages des TIC.

Nota 7

les méthodes adaptatives mettent l'accent notamment sur le séquencement du projet et les différents livrables, le dialogue permanent avec le client et l'utilisateur final, l'ergonomie des livrables, la communication qui accompagne l'intégralité du projet, la prise en compte constante du changement.

Nota 8

les méthodes prédictives impliquent souvent une contractualité forte en amont du projet, une orientation vers l'exhaustivité de la réponse apportée, et une focalisation sur la réponse technique.

Nota 9

racines constitue l'acronyme de RAtionalisation des Choix INformatiquES. Cette méthode a été formalisée en 1976 par le Ministère de l"industrie. Elle permet notamment de formaliser des schémas directeurs stratégiques (horizon 5-10 ans) et les schémas directeurs opérationnels (3-5 ans).

Nota 10

Merise : Méthode française, inspirée de l'approche systémique, issue des travaux d'Hubert Tardieu. Ce dernier est aussi l'auteur, avec B. Guthman, de Triangle Stratégique-Stratégie, structure et technologie de l"information Management des nouvelles technologies et e-Transformation [9].

Nota 11

popularisées par les principes de RAD (Rapid Application Programming), XP (eXtreme Programming), RUP (Rational Unified Process), 2TUP (Two Track Unified Model), etc.

Nota 12

les méthodes Racines ou Merise (méthodes en cascade) ont pour caractéristiques le centrage technique de l'approche, la longueur du processus de développement (recherche d'exhaustivité), la livraison finale du produit qui entraînent une difficulté d'ajustement, et la faible prise en compte de l'utilisateur en cours de projet. Les méthodes en spirale sont une évolution des méthodes en cascade qui introduisent la notion d'itération, comme facteur de flexibilité et d'ajustement.

Nota 13

dans la relation du poste « client-serveur », une interaction grandissante s'effectue désormais au niveau du « front-office » et non plus du « back office », comme précédemment.

Nota 14

à l'opposé des outils de collaboration orientés projet, les applications dites de « social software » ou de « relational software » (blog, wifi, etc.) participent de l'appartenance des individus à des groupes sociaux. Elles permettent des interactions entre personnes, entre personnes et groupes constitués (formels ou informels), ou entre communautés.

Nota 15

ce terme sous-entend la qualification d'une information actualisée, tracée, vérifiée et accessible, dans le cadre de dispositifs authentifiés et de standards formalisés.

Nota 16

le web sémantique est une notion introduite par Tim Berners-Lee et Mark Fischetti en 1999. Il marque une nouvelle étape de la formalisation d'internet orientée vers la structuration des connaissances, grâce à la création de standards (métadonnées, etc.) et de langages de représentation. Représentation abstraite des données accessibles sur le web, fondée sur le standard RDF ou d'autres standards à venir, il implique la standardisation et la normalisation des mécanismes de présentation de façon à permettre le traitement à un niveau sémantique des connaissances accessibles. Il vise l'amélioration qualitative du dialogue entre les Hommes et les ordinateurs.

Nota 17

responsable scientifique du projet Acacia, de l'INRIA, à Sophia Antipolis.

Nota 18

les travaux du web sémantique portent sur les sujets variés comme les langages de représentations d'ontologies, l'intéropérabilité des ontologies, les langages de requête sur le web, les agents intelligents ou la hiérarchisation des notions de données, d'informations, de connaissances et de savoirs.



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