Histoire economique formation complet


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Histoire économique  Formation complet

Une large part de l’activité humaine est consacrée à la production, à la distribution et à l’utilisation de ressources rares permettant la satisfaction des besoins individuels et sociaux. L’histoire économique est la branche de l’histoire qui étudie ces activités. Outre leur dimension économique, celles-ci influent sur toutes les facettes de la vie humaine. La révolution industrielle fournit une bonne illustration : la mise en place des usines suite à la domestication de la vapeur, l’importance grandissante du monde ouvrier, la diffusion de nouveaux biens de consommation ont donné une inflexion décisive à l’histoire culturelle, l’histoire politique et l’histoire sociale. L’historien ne peut donc négliger l’histoire économique. L’économiste, quant à lui, entretient avec l’histoire économique un rapport plus ambigu. En tant que science consacrée à la détermination des régularités qui régissent les activités économiques, l’économie devrait ménager une large place à l’histoire économique, puisque celle-ci porte sur l’étude empirique des activités économiques. L’histoire économique reste pourtant souvent reléguée à la vérification des théories et des concepts construits dans l’abstraction. Il arrive même qu’on reproche à l’économie de totalement négliger l’histoire, alors que cette dernière devrait jouer un rôle important dans la construction des théories économiques.

1 L’histoire économique traditionnelle

L’histoire économique s’est formée au fur et à mesure de l’élargissement des centres d’intérêt des historiens. On trouve déjà des réflexions économiques chez les historiens antiques. Dans l’introduction à son histoire universelle, Ibn Khaldun (1332-1406) donne une place explicite aux questions économiques dans l’activité de l’historien, aux côtés des questions de politique et de société.

1.1 L’histoire quantitative des prix et des salaires

L’histoire reconnue immédiatement comme proprement économique porte sur des études chiffrées. Durant la Renaissance, Guillaume Budé, cherche à déterminer le pouvoir d’achat des monnaies romaines dans son ouvrage L’As, dans le but d’évaluer les prix et les amendes listés dans les recueils juridiques romains. Jean Bodin débat des relations entre l’évolution des prix et les dévaluations de la livre tournois dans sa Réponse à M. de Malestroit. Les études d’histoire quantitative des prix et des salaires se sont développées au début du XXe siècle dans tous les pays européens. Cela se faisait parfois dans la tradition directe de Jean Bodin : Earl Hamilton, dans son ouvrage de 1934, étudie les relations entre les trésors américains et l’évolution des prix en Espagne. Mais ces études se développent parce qu’un grand nombre d’auteurs, comme Ernest Labrousse dans le prolongement de François Simiand, considèrent les prix comme la variable économique ultime résumant l’ensemble des fluctuations économiques des sociétés.

1.2 Des retrouvailles ratées entre l’histoire et l’économie:

l’histoire quantitative des revenus Le développement de la comptabilité nationale dans les années 1930 et 1940, sous l’impulsion des travaux de Colin Clark et ceux de Simon Kuznets, convainc que les prix ne suffisent pas à décrire les fluctuations de la vie économique. Il faut chercher à mesurer les fluctuations du revenu et des autres agrégats macroéconomiques. Comme pour l’étude des prix, un mouvement international se forme pour parvenir à une mesure des revenus qui permette la comparaison entre les pays et les époques. L’équipe de Jean Marczewski (dont Jean-Claude Toutain) travaille sur les données de la France, l’équipe de Phyllis Deane sur celles de l’Angleterre, l’équipe de Walther Hoffman sur celles de l’Allemagne, etc. Contrairement aux recherches sur les prix, celles sur les revenus sont alors essentiellement conduites par des économistes ou des statisticiens. L’enthousiasme parfois maladroit des économistes qui découvraient que l’histoire recelait de quoi construire des données longues suscite cependant la méfiance des historiens. La reconstruction d’agrégats macroéconomiques exige souvent de faire des hypothèses simplificatrices, comme en témoignent, des années plus tard, les estimations des revenus nationaux et continentaux depuis l’époque du Christ par Angus Maddison (L’économie mondiale : statistiques historiques, 2003), obtenues au prix d’hypothèses « héroïques » sur les taux de croissance des économies. Les économistes et les statisticiens sont habitués à ce type d’approche et considèrent généralement qu’une estimation floue, avec une marge d’erreur importante, vaut mieux que pas d’estimation du tout. Cela n’est guère l’avis des historiens. Ces derniers sont d’autant plus méfiants qu’ils ont parfois le sentiment que les économistes plaquent sur le passé des concepts tirés de l’étude des économies contemporaines et donc inadaptés.

1.3 L’histoire économique non-quantitive

La quantification n’est pas une fin en soi : elle n’est là que pour faciliter la construction d’une réflexion sur l’histoire économique. Néanmoins, ce n’est qu’après le développement des réflexions quantitatives sur les prix que l’intérêt de l’histoire économique en général s’est vu reconnu. Le groupe de la revue des Annales d’histoire économique et sociale, fondée en 1929 et dirigée par Marc Bloch et Lucien Febvre, a cherché à élargir les objets de l’histoire à l’ensemble des aspects de la vie humaine, en réaction à l’histoire « événementielle ». L’économie faisait explicitement partie de leur programme. Elle occupe une place importante dans l’œuvre de Fernand Braudel : il lui fallait notamment prendre en compte le rythme des échanges et des cycles de production agricoles pour comprendre la vie de la Méditerranée (Braudel, 1949 et 1979). Ces mêmes thèmes sont repris, par exemple, dans les études du monde rural d’Emmanuel Le Roy Ladurie (1966) ou dans celles des ensembles régionaux (voir par exemple les travaux de Pierre Goubert (1960) sur le Beauvaisis). Dans d’autres pays que la France, l’histoire financière ou l’histoire de l’industrialisation ont fait l’objet de recherches importantes qui ne sont pas non plus centrées sur les problèmes de quantification, notamment par Rondo Cameron (1961) et David Landes (1969).

Ces recherches d’histoire économique traditionnelle sont toutefois devenues rares à la suite d’un double mouvement. D’une part, le centre du champ de l’histoire s’est éloigné de l’étude de l’économie et de la sociologie pour se rapprocher de problématiques plus culturelles. L’évolution des travaux de l’historien français Daniel Roche, qui sont passés d’une étude sociale du peuple parisien à celle de la culture matérielle, en est un exemple. D’autre part, une « nouvelle histoire économique » s’est développée à partir des années 1960.

2 La nouvelle histoire économique

2.1 La clinométrie

À l’automne 1957, le National Bureau of Economic Research et l’Economic History Association organisent une conférence commune sur l’analyse quantitative de l’histoire économique des États-Unis et du Canada. C’est le début d’une rencontre fructueuse entre les outils quantitatifs de l’analyse économique et les données quantitatives des historiens. Une école importante se forme à cette occasion qui va permettre d’améliorer la compréhension des phénomènes historiques anciens : on parle de « nouvelle histoire économique » ou de « cliométrie » (Clio est la muse de l’histoire).



La cliométrie utilise abondamment l’économétrie, c’est-à-dire le traitement statistique d’un grand nombre de données pour tester des modèles économiques issus, le plus souvent, de l’économie néo-classique. Cette dernière confère une place centrale dans ses méthodes d’investigations au raisonnement à la marge et à la transmission d’informations par les prix.

Les contributions de la cliométrie à des questions historiques importantes ont été décisives. Dans Railroads and American economic growth: essays in econometric history paru en 1964, Robert Fogel montre, par exemple, que les chemins de fer n’ont pas joué un rôle décisif dans la croissance américaine au XIXe siècle. Il le fait en comparant les économies engendrées par les chemins de fer à celles qu’aurait permises le réseau de canaux qui aurait pu être développé à leur place – un raisonnement « contrefactuel » dont le principe était déjà défendu par Max Weber. Pour faire cette comparaison, il a dû estimer, entre autres, l’évolution de la demande qui aurait été entraînée par une modification des prix des transports, ce qu’il n’a pu faire que grâce aux outils de l’économétrie. Dans Time on the cross: the economics of American Negro slavery, en collaboration avec Stanley Engerman en 1974, il montre que l’esclavage dans le Sud des ÉtatsUnis a été une institution économiquement rentable à la veille de la Guerre de Sécession en comparant la productivité des exploitations utilisant des esclaves à celle des autres, toutes choses égales par ailleurs. Ce résultat choquant, car interprété, bien entendu à tort, comme une tentative de réhabilitation de l’esclavage, a provoqué de nombreux débats.

2.2 Un essor limité en France

En France, les historiens, en partie sous l’influence du marxisme, ont accueilli avec beaucoup de réserve ces efforts inspirés par les méthodes de l’analyse néo-classique. Cette méfiance s’est inscrite dans la continuité de celle qui avait accueilli les efforts de l’équipe de Marczewski. C’est donc à partir de l’étranger que la France a le plus souvent été étudiée. Philip Hoffman (1996) a, par exemple, étudié les déterminants de la productivité de l’agriculture française à l’époque moderne en utilisant les prix de ses productions et de ses intrants plutôt que les quantités produites et les quantités utilisées (une approche supposant un bon fonctionnement du marché). Les travaux français ont malgré tout pris de l’ampleur à partir des années 1980. En 1985, l’économiste François Bourguignon et l’historien Maurice Lévy-Leboyer collaborent pour tester économiquement des hypothèses courantes sur l’économie française au XIXe siècle : il s’agit notamment d’évaluer l’impact du secteur agricole ou bien encore celui du protectionnisme sur la croissance. Beaucoup reste encore à faire.

2.3 La clinométrie vue par les économistes

Les outils de la cliométrie la rendaient a priori sympathique aux économistes. En 1993, Robert Fogel et Douglass North sont d’ailleurs récompensés par le prix Nobel d’économie « pour avoir renouvelé la recherche en histoire économique ». Pourtant, dès cette époque, deux difficultés nouvelles se font jour. D’une part, sous l’influence des développements de la théorie économique, il est de plus en plus admis parmi les historiens économistes qu’il existe des paradigmes plus efficaces que l’analyse néo-classique pour étudier les phénomènes historiques. Certes, les cliomètres ont dépensé beaucoup d’énergie à montrer que selon l’expression de Dreidre McCloskey - « le marché, Dieu merci, fonctionne ». Mais North est le premier à signaler, notamment dans Structure and Change in Economic History (1981), qu’il serait utile de consacrer plus d’effort à l’analyse des institutions nécessaires au fonctionnement du marché. D’autre part, des économistes importants comme Kenneth Arrow ou Robert Solow expriment le désir que l’histoire économique soit davantage qu’un simple champ d’application pour une démarche économétrique dont ils doutent déjà de l’intérêt lorsqu’elle est appliquée à outrance à des données contemporaines. En 1985, dans une contribution à un dossier de l’American Economic Review consacré à l’histoire économique, ils encouragent à faire de l’histoire économique l’une des sources du développement de la théorie économique.

3 L’histoire pour l’économie

3.1 Des relations complexes

Les relations entre l’histoire et l’économie sont complexes. La délimitation du champ des disciplines, sciences des faits et donc des évènements singuliers pour l’histoire, science sociale et donc des régularités pour l’économie est artificielle. Artificielle historiquement, parce que ces deux activités ne se sont différenciées, imparfaitement d’ailleurs, qu’à la fin du XIXème siècle avec l’essor de l’école économique marginaliste. Artificielle pratiquement, parce que les historiens, en cherchant à problématiser leurs présentations des faits ne peuvent se passer des sciences sociales. De même, comme l’a dit en 1999 lors d’une conférence Jan de Vries en adaptant à son propos une phrase de John Maynard Keynes : « Les économistes pragmatiques, qui se croient parfaitement affranchis des influences humanistes, sont d’ordinaire les esclaves de quelque historien du passé ».

La science économique a souvent été attaquée pour son abstraction. Les historicistes allemands, et notamment Guvstav Schmoller (1893) en faisaient le reproche à l’universalisme ricardien et à l’école marginaliste durant les conflits de méthode (« Methodenstreit ») de la fin du XIXe siècle. Entre les deux guerres, John Clapham (1922) reprochait aux économistes d’utiliser des concepts qui étaient des boîtes vides, impossibles à remplir et à utiliser. L’économie orthodoxe qui s’est développée depuis la Seconde Guerre mondiale tombe sous le même type de reproche. Les attaques contre les fameuses « robinsonnades » des économistes - pour reprendre l’expression qu’utilisait Karl Marx dans Le Capital contre les classiques -, qui simplifient à outrance la réalité pour mieux la comprendre, sont largement fondées. Et pour les dépasser, l’économie aurait tout à gagner à prendre en compte l’histoire économique. Celle-ci offre plus de faits et de meilleurs faits – puisqu’elle pratique une critique systématique des sources, que les économistes eux négligent souvent. Elle devrait permettre de tester les théories économiques, et de vérifier si leurs abstractions conduisent à des conclusions utiles ou pas. Elle devrait même guider la construction des théories économiques, évitant de construire des « boîtes vites ».

3.2 Deux exemples d’apports contemporains de l’histoire économique à l’économie

L’histoire économique peut apporter à l’économie de quoi surmonter deux insuffisances majeures : une très faible capacité à intégrer temps et une prise en compte insuffisante des institutions.

L’économie a, en effet, du mal à prendre en compte la dimension temporelle des phénomènes. Dans les modèles économiques orthodoxes, centrés sur la détermination de l’équilibre, il est par définition difficile sinon impossible d’expliciter les dynamiques transitoires (celles qui mènent à l’équilibre). Paul David a le premier mis en évidence, en 1985, l’inertie des phénomènes économiques que l’on désigne sous le terme de « dépendance au chemin ». Les équilibres ne dépendent pas simplement de la valeur présente des variables, mais aussi de leur passé. L’exemple qu’il utilise est celui du clavier « QWERTY » : la disposition des lettres sur le clavier des ordinateurs ralentit la frappe parce qu’elle dépend de décisions prises lorsque les mécanismes des machines à écrire ne supportaient pas une frappe trop rapide.



Par ailleurs, les modèles économiques orthodoxes ne fournissent pas un cadre permettant de comprendre la formation et la logique des institutions économiques. La nouvelle économie institutionnelle, qui s’intéresse en priorité à ces questions, s’est inspirée de la pratique de l’histoire économique. Celle-ci suggère des modes d’argumentation qui s’appuient moins sur la modélisation et plus sur les enseignements des narrations analytiques, comme le fait Avner Greif dans son ouvrage de 2006 consacré à l’étude des différentes institutions (réseaux ethniques, tribunaux, …) assurant la confiance nécessaire à l’échange commercial.

L’importance de ces institutions montre aussi que les activités économiques sont « encastrées » (pour reprendre l’expression de Mark Granovetter dans son article de 1985 traduit en 2000 « Action économique et structure sociale : le problème de l'encastrement ») dans les dimensions non-économiques de la vie humaine. Les économistes devraient mieux prendre en compte ces différentes dimensions et leurs différentes temporalités. On reconnaît là le programme que proposait Fernand Braudel pour unifier les sciences sociales sous la direction de l’histoire. Mais cette unification est encore lointaine

La Physiocratie ou l’Invention de l’économie

La Physiocratie est la “science” des lois naturelles qui gouvernent le monde physique et moral. Le chef de file de ce courant de pensée est Fran¸cois Quesnay (1694-1774), médecin à la cour du roi Louis XV. Il est crédité d’avoir, le premier, présenté un modèle économique global cohérent. L’innovation de Quesnay n’est ni de se limiter à commenter une série d’observations pour proposer quelque mesure de politique économique, ni même d’énoncer quelques concepts originaux non articulés, mais de proposer un véritable système de relations logiques expliquant la manière dont les richesses sont créées et distribuées dans une société. Ces mécanismes sont résumés dans le Tableau économique, publié en 1758. Ce tableau est la représentation des interdépendances entre la production et la circulation des richesses entre les différentes classes sociales pour une période de production annuelle. Néanmoins, le programme des physiocrates n’est pas celui de la spécialisation ou de l’autonomisation d’une discipline, mais celui de l’extension de la philosophie politique à l’économie politique. Leur programme est de découvrir par la raison, les lois naturelles qui gouvernent le monde économique, moral et politique. Le projet est global et le discours s’adosse sur la philosophie du droit naturel.

Détaillons ce point. Quesnay a certainement été influencé par Locke en admettant qu’il faut délimiter le droit naturel pour le penser en termes de morale et de justice : le droit naturel n’a de sens que pour des êtres moraux. Cette conception morale se rattache à l’idée de loi naturelle et à son caractère religieux. Pour Quesnay, la loi naturelle est la norme divine qui, seule, permet d’apprécier la morale d’une action. Un autre point de rapprochement entre Locke et Quesnay est l’accent mis sur l’initiative individuelle.

“Dans l’état de pure nature, les choses propres à la jouissance des hommes se réduisent à celles que la nature produit spontanément, et chaque homme ne peut s’en procurer quelques portions autrement que par son travail, c’est à dire par ses recherches. D’o`u il s’ensuit 1) que son droit à tout est une chimère, 2) que la portion des choses dont il jouit dans l’état de nature s’obtient par le travail; 3) que son droit aux choses propres à sa jouissance doit être considéré dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la justice.”F. Quesnay, Droit Naturel,[37] 1765.

Néanmoins, à la notion Lockéenne de travail comme moyen de réaliser une vocation, Quesnaysubstitueunenotiondetravailassociéàdelapeineetdeladouleur.Lào`uLocke voit une source de valeur, Quesnay voit un mal nécessaire à la survie. Pour Quesnay, la véritable richesse est l’œuvre de la nature. Le travail individuel n’est que l’instrument utile à la mise en valeur du “don gratuit de la nature”, c’est à dire de la fertilité de la terre.

La nouveauté de Quesnay est la thèse de l’extension du droit naturel en société. C’est dans le rapport de l’homme à la nature, source de richesses, que Quesnay situe l’extension du droit à la jouissance. Plus exactement, le mouvement vers l’opulence débute dans l’agriculture. Les richesses sont créées dans le secteur agricole avant de circuler dans l’ensemble de la société. Nous avons déjà mentionné que Locke voyait dans l’économie, le motif à partir duquel la société civile s’institue. Quesnay s’aventure en quelque sorte plus loin. Pour lui, l’économie permet le passage du minimum (la conservation de la vie) au maximum (l’opulence du royaume). La société (d’économie) politique va ainsi étendre les droits naturels de chacun au lieu de les réduire, et ce, grâce à l’économie. Le discours économique des physiocrates n’est donc pas dissocié de la morale et de la politique. Plus que cela, l’économie émerge comme une discipline du droit naturel.

Chez Quesnay, l’ordre naturel repose sur deux types de relations. La première est une relation physique entre l’homme et la nature. La seconde est une relation de sociabilité.

De la première relation on tire les fonctions économiques dépenser et produire; la seconde relation sert à décrire le circuit des richesses produites dans la société. L’antériorité de la production sur la circulation ou l’échange rappelle la primauté de la nature, mais suggère aussi un déroulement séquentiel de l’activité économique. Dans une première phase, les dépenses en capitaux et le travail de la terre déterminent le montant des richesses qui, dans une seconde phase circuleront par l’échange à travers l’économie. L’échange a pour fonction de redistribuer les richesses créées avant d’engager un nouveau processus de production (une nouvelle période). Les entrepreneurs récupèrent les sommes versées aux travailleurs en début de période, reconstituent les sommes avancées pour la formation du capital, et versent une rente aux propriétaires fonciers à qui ils louent la terre. Le produit net est l’excédent de la production de richesses sur celles consommées pour les besoins de la production. L’existence d’un tel produit net est essentiel à la réitération du processus de création de richesses.



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