Livre complet sur l'economie moderne


Télécharger Livre complet sur l'economie moderne

★★★★★★★★★★3.5 étoiles sur 5 basé sur 1 votes.
Votez ce document:

Télécharger aussi :


Livre complet sur l’économie moderne

La science économique moderne

Sujets ÉTUDIÉS

         La science économique : définitions et concepts clés. 1

         Ce qu’est un marché. Les principaux marchés de l’économie. 2

         Pourquoi l’économie est une science et pourquoi les économistes sont si souvent en désaccord. 3

Depuis les années 1990, l’économie mondiale a connu des bouleversements considérables, tant dans son fonctionnement conjoncturel que dans son organisation structurelle.

La crise financière et économique qui a débuté aux États-Unis en 2007 et qui s’est transmise à la planète entière s’est retrouvée au centre de l ’actualité au cours des six dernières années. Il faut dire que ce dysfonctionnement conjoncturel de l’ économie mondiale, d’une ampleur et d’une durée extrêmes, rappelle inévitablement la Grande crise de 1929. La chute a été d ’autant plus mal ressentie qu’elle est arrivée après cinq années d’ une croissance mon-diale sans précédent (près de 5 % par an) . Ceux qui pensaient que, depuis la Seconde Guerre mondiale, les États étaient parvenus à contrôler les cycles éco-nomiques grâce à des politiques publiques adaptées ont dû sérieusement réviser leurs positions.

C ’ est surtout la vitesse de transmission des problèmes d’un pays à l’autre qui a surpris, ainsi que la lenteur et l’impuissance des institutions publiques nationales et internationales. Comme si, face à une mondialisation économique accé-lérée, les institutions politiques censées prévenir et contrôler les trop forts dérapages cycliques de l’économie n’avaient pas été capables de suivre le rythme qui leur était imposé. Quoi qu ’il en soit, la difficile épreuve économique que le monde vient de subir – et dont l ’ Europe semble avoir plus de mal à sortir que les autres ‒ est une source de réflexion à la fois nécessaire et fascinante pour tous les économistes.

••La focalisation sur la « crise » ne doit pas faire oublier une autre caractéristique majeure de l ’ économie mondiale. Cette dernière a en effet connu de profondes modifications structurelles qui se sont opérées au cours des trente dernières années. Les entreprises ne produisent plus de la même manière ni aux mêmes endroits (beaucoup se sont « délocalisées »). Les modes de distribution des biens et services ont considérablement changé et de nombreux produits nouveaux sont apparus.

Pour une large part, ces modifications structurelles résultent directement de l’apparition de technologies

à la fois innovantes et performantes.

Tout comme la révolution industrielle des XVIIIe et XIXe siècles a transformé l’économie agricole de la Grande-Bretagne en économie industrielle (avant de se propager dans d’autres pays), la « révolution de l’information » que nous vivons actuellement change radicalement tout un ensemble d’actes de la vie courante. Parallèlement, le secteur des technolo-gies de l’information prend une place grandissante dans les économies des pays industrialisés. Depuis les années 1990, Microsoft, le producteur des systèmes d’exploitation Windows ainsi qu’Intel, le plus grand constructeur mondial de microprocesseurs (pièce centrale des ordinateurs), figurent parmi plus grandes entreprises américaines, comme en témoigne le fait qu’elles soient retenues dans le calcul du Dow Jones des valeurs industrielles (c’ est-à-dire de l’indice le plus célèbre des cours sur les marchés boursiers américains).

Certes, la brève crise financière de 2000-2001, qui a concerné presque uniquement le secteur des nouvelles technologies, avait déjà un peu refroidi

– au moins temporairement – l’enthousiasme des investisseurs. Malgré cela, même pendant la crise financière et économique de 2008-2010, les pion-niers de l’économie numérique ont continué sur leur lancée. Une société comme Google, premier site mondial de recherche sur Internet, a connu par exemple une progression de près de 50 % de son cours de bourse. Début 2013, cette société atteignait une valeur boursière de 260 milliards de dollars, en réponse à un chiffre d ’affaires annoncé de 38 mil-liards de dollars pour 2012 et un bénéfice net de 8 milliards de dollars.

Les succès du nouveau secteur de l’économie numérique ne doit pas faire oublier « l’ancienne économie ». Elle aussi a fait preuve de dynamisme, comme le prouve la liste des 500 plus grandes entreprises américaines publiée chaque année par le magazine Fortune. Parmi les vingt premières, le secteur de la finance arrive en tête à égalité avec celui des technologies de l’information et de la com-munication (5 entreprises citées dans chaque cas). Mais l’industrie pétrolière (4 citations) et l’industrie automobile (3 citations) arrivent immédiatement après. De plus, les cinq premières places du clas-sement Fortune 500 sont occupées uniquement par des entreprises de l’ économie traditionnelle (Exxon Mobil, Wal-Mart, Chevron, ConocoPhillips et General Motors).

Dans la pratique, loin d’être en concurrence, l’ancienne et la nouvelle économie vivent en bonne harmonie. Les technologies de l’information et de la communication n’ ont pas seulement fait émer-ger quelques grandes entreprises de logiciels ou de l’Internet. Elles ont aussi modifié les méthodes de production des entreprises des secteurs traditionnels, leur façon de commercer ainsi que le comportement de leurs clients. Les chaînes de montage et leurs robots informatiques n’ont maintenant plus grand-chose à voir avec les chaînes d’antan. Les sols tachés de graisse des anciens garages ont laissé la place à des espaces propres et silencieux, où les pannes des automobiles sont diagnostiquées par ordinateur. La façon d’acheter a aussi beaucoup évolué. Qu’il s’agisse d’acquérir une voiture, un livre ou un DVD, de louer une chambre d’hôtel, de réserver un billet d’avion, de payer ses impôts ou même de poser sa candidature à un concours par Internet, les relations des individus entre eux, avec les entreprises et avec les administrations publiques ont profondément changé. Dans le domaine de l’apprentissage et de l’enseignement, l’impact des nouvelles technologies a été très important et il le deviendra de plus en plus. Un manuel comme celui que vous lisez dispose de plusieurs sites Web, où les étudiants peuvent obtenir de l’aide (en français ou en anglais), effectuer des exercices et trouver des informations sur les derniers événements économiques et les débats de politique économique1.

Face à des modifications aussi importantes, que nous apporte l’étude de l’économie ? Après tout, il s’agit d’une discipline qui fait souvent référence à

Adam Smith, professeur d ’économie écossais qui vivait à la fin du XVIIe siècle. Son livre célèbre, intitulé

The Wealth of Nations (« La Richesse des nations ») a été publié en 1776, à une époque où l’économie était encore très largement agricole. Certains ne manque-ront pas de penser que les idées qui permettaient de comprendre comment se détermine le prix du blé, par exemple, sont de peu d’utilité pour expliquer le fonctionnement de l’économie moderne.

En réalité, c’est le contraire qui est vrai : les principes de base établis à cette période nous four-nissent encore des instruments essentiels pour comprendre l’économie mondialisée dans laquelle nous vivons. Comme le disent Carl Shapiro et Hal Varian, de l’Université de Californie à Berkeley, « la technologie change, mais pas les lois de l’éco-nomie ! »2. Depuis Adam Smith, les biens produits ainsi que la façon de les produire et de les échanger ont certes énormément changé. Mais les lois qui ont permis d’expliquer les fluctuations des prix agricoles au XVIIIe siècle servent toujours à expliquer le fonc-tionnement de l’économie à l ’orée du XXIe siècle. Les principes de l’économie de Smith, sur lesquels se sont appuyées des générations d’économistes, sont encore des guides précieux pour ceux qui veulent comprendre l’économie moderne.

Au cours des deux siècles qui se sont écoulés depuis cette période, les économistes ont certes raffiné et multiplié les outils permettant de com-prendre les comportements économiques et étendu leur champ d’application de plusieurs manières. En tenant compte du rôle de l’information et du chan-gement technologique, ils sont maintenant capables d’apporter de meilleures explications qu’il y a seu-lement 20 ans dans de multiples domaines, qui vont des méthodes de commercialisation des automobiles

à la façon de produire de nouvelles idées.

Mais quels sont ces principes ? Quel est le champ d’étude des économistes ? Et que peut-on apprendre de spécifique en adoptant un point de vue écono-mique ? En quoi l’économie peut- elle nous aider à comprendre pourquoi le saumon sauvage est en voie d’extinction et non le mouton, pourquoi les entreprises industrielles font de la publicité et non les producteurs de blé, pourquoi les pays qui ont recours au système de marché font mieux que ceux qui s ’appuient sur la planification ou pourquoi il n’est pas souhaitable de laisser une entreprise unique dominer un marché ?

Les changements de l’économie actuelle sont très sensibles dans le commerce électronique, lequel connaît actuellement une expansion marquée. En 2012, on comptait en Europe 550 mille entreprises en ligne, 529 millions d’internautes, 3, 5 milliards de colis envoyés et 250 millions d’acheteurs en ligne (qui dépensent plus de 1200 euros par an en moyenne). Cette même année, le chiffre d’affaires du commerce

électronique en Europe, avec 312 milliards d’ euros de chiffre d’affaires (et 19 % de plus en un an) a même dépassé celui des États-Unis. Par pays, le Royaume-Uni arrive en tête des pays européens (96 milliards d’euros) suivi par l’Allemagne (50 milliards d’euros) et par la France (45 milliards d’euros)3.

Sur toutes les questions clés que posent l’industrie informatique et l’Internet, l’analyse économique apporte un éclairage précieux. Cela concerne :

••le piratage en ligne , avec la bataille juridique opposant les éditeurs de musique et de films (soucieux de mieux faire respecter les droits de propriété des auteurs et des éditeurs) aux consommateurs, partisans d’un partage libre des fichiers.

••les avantages et les inconvénients de la très forte concurrence qui s’est établie entre les entreprises du secteur, à coup de baisses de prix et d’innovations en cascade.

••les conséquences d ’ un accès généralisé et à faible coût à des marchés mondialisés, souvent positives pour les consommateurs, mais parfois très négatives pour les producteurs locaux ou les gouvernements (fuites de capitaux, délocalisations d ’entreprises, difficultés de collecter les taxes dues à l’importation pour les commandes effectuées sur des sites étrangers, etc.).

••le devenir des instruments de paiement en ligne et les conséquences prévisibles de la guerre qui s’annonce entre PayPal (filiale d ’eBay, leader des paiements en ligne et dont le chiffre d’affaires dépasse largement le milliard de dollars par trimestre) et des concurrents potentiels tels que que Google, Facebook, Visa ou Amazon. Ces entreprises, ainsi qu’un groupe de start-up, regardent en effet avec de plus en plus d’ insistance en direction d’un marché en plein essor et qui a généré en 2012 231 milliards de dollars sur le seul espace américain.

La presse s ’ intéresse souvent aux questions économiques et les quatre exemples précédents montrent que les sujets abordés concernent des domaines clés de l’analyse économique : le rôle des incitations et de l’information, la mondialisation et les échanges, la concurrence et la réglementation publique, les coûts et les décisions commerciales des entreprises. L’étude de la science économique permet de mieux apprécier la portée des articles éco-introduction sites internet



OÙ EN EST L’ÉCONOMIE NUMÉRIQUE

Depuis 1998, le Département américain du Commerce publie un rapport annuel sur l’écono-mie numérique. Le dernier rapport est disponible en ligne à l’adresse suivante : www.esa.doc.gov/ reports. Pour l’Europe, on consultera le rapport annuel Europe B2C Ecommerce Report 2013 (www. ecommerce-europe.eu) nomiques que l ’on peut lire dans la presse, de mieux appréhender le monde de l’entreprise et d’acquérir de nouvelles connaissances sur l ’environnement économique général, celui auquel chacun de nous est confronté chaque jour.

Qu’est-ce que la science économique?

Comme on a pu le constater, la presse accorde une large place aux grandes questions économiques. Mais qu’est-ce que la science économique ? Le moment est venu d’en donner une définition. La science écono-mique étudie comment les individus, les entreprises, les pouvoirs publics et d’autres organisations sociales font des choix, et comment ces choix déterminent la façon dont sont utilisées les ressources de la société.

Pourquoi les Américains ont- ils acheté des automobiles de plus petite taille et à faible consom-mation dans les années 1970 et des véhicules SUV et 4 × 4 pendant les années 1990 ? Comment se détermine le nombre de personnes travaillant dans le domaine de la santé ou dans le secteur informa-tique ? Pourquoi l’écart de revenu entre les riches et les pauvres a-t-il augmenté au cours des années 1980 ? Pour comprendre comment les individus font des choix et les conséquences de ces choix sur les ressources de la société, on examinera cinq concepts dont le rôle est central en économie : les arbitrages

(trade-offs), les incitations, l’échange, l’information et la distribution.

 Tout choix implique des 1 arbitrages – dépenser plus pour une chose implique d’ avoir moins à dépenser pour une autre. Consacrer plus de temps à étudier l’économie laisse moins de temps pour étudier la physique.

 Lorsqu’ils font des choix, les individus répondent à des 2 incitations. Si le prix des lecteurs MP3 Sony baisse par rapport à celui des iPod, on est plus incité à acheter un lecteur Sony. Si les salaires des ingénieurs augmentent par rapport au salaire moyen des titulaires d’un master de gestion, les étudiants seront plus incités à faire des études d’ingénieur que des études de gestion.

 Quand on fait des 3 échanges avec une autre personne, l’éventail des choix possibles pour chacune d’elles s’élargit.

 Pour effectuer des choix judicieux, il est nécessaire de disposer d’ 4information et de bien s’en servir.

 Enfin, les choix que nous faisons – concernant par exemple la durée des études, la profession à exercer ou les biens et services à acheter – déterminent la 5 distribution de la richesse et du revenu dans la société.

Les cinq concepts précédents (arbitrages, inci-tations, échange, information et distribution) permettent de définir les principales idées-forces de l’analyse économique. Ils servent également de guide pour raisonner en économiste sur les grands problèmes et les grands thèmes. Apprendre à « rai-sonner en économiste » signifie apprendre à mettre en lumière les arbitrages et les incitations auxquels on est confronté, apprendre à apprécier les consé-quences des échanges, le rôle de l’information et les effets sur la distribution des différents choix opérés.

Les nombreux encadrés « Raisonner en économiste », que l’on trouve tout au long de ce livre, sont là pour rappeler l’importance de ces éléments clés et pour se familiariser avec leur utilisation pratique.

Arbitrages

Chacun d’entre nous doit en permanence effectuer des choix – les étudiants peuvent travailler à la bibliothèque ou dans leur chambre, manger de la pizza ou des sushis, poursuivre leurs études ou travailler à plein temps.

Les sociétés doivent elles aussi faire des choix –  conserver des espaces verts plutôt que d’autoriser la construction de logements, produire des ordina-teurs et importer des téléviseurs plutôt que l’inverse, baisser les impôts plutôt qu’ augmenter les dépenses publiques. Dans certains cas, les individus ou les États font ces choix de façon explicite. Vous pouvez ainsi avoir à trancher entre l’ étude de l’économie ou celle d’une autre discipline. L’ État décide chaque année s’il doit baisser les impôts ou accroître ses dépenses. Dans d’autres cas, les choix résultent d’actions non coordonnées de millions d’individus. Ni l’ État, ni aucun individu n’a décidé que les États-Unis impor-teraient des automobiles japonaises ou exporteraient du blé en Inde. Il n’en reste pas moins que les choix font intervenir à chaque fois des arbitrages – obtenir plus d ’une chose implique d ’en avoir moins d’une autre. La rareté oblige à faire des arbitrages.

La rareté occupe une place centrale en économie ; c’est parce que les ressources sont rares que les choix ont de l’ importance. Chacun d’entre nous est obligé de faire des choix en raison du montant limité de son revenu. On ne peut pas s’offrir tout ce que l’on souhaite. Si l’on dépense plus pour son logement, on dispose de moins d’argent pour acheter des vêtements ou s’offrir des loisirs. Avoir un toit ouvrant quand on achète une nouvelle voiture peut signifier renoncer à des sièges en cuir afin de ne pas dépasser le budget disponible. Mais le caractère limité du revenu n’explique pas à lui seul pourquoi nous sommes obligés de faire des arbitrages. Prenons le cas d ’une personne immensément riche, qui peut s’offrir tout ce qu’elle souhaite. On aurait tort de croire qu’il n’existe pour elle aucune contrainte. En effet, le temps est également une ressource et même l’enfant d’un milliardaire possédant tous les jouets du monde, y compris les plus chers, doit choisir chaque jour ceux avec lesquels il va jouer. Dès que l’on fait intervenir le temps, on se rend compte que la rareté est une réalité à laquelle tout le monde est soumis.

Tous les économistes sont d ’accord pour recon-naître le rôle déterminant de la rareté. Cette idée se résume comme suit : il n’existe pas de repas gratuit there is no free lunch») . Avoir plus d’une chose implique de renoncer à une autre. Du fait de la rareté, les arbitrages sont des réalités permanentes de la vie.

Incitations

C’est une chose de dire que nous sommes tous confrontés à des arbitrages quand nous devons faire des choix. C’en est une autre de comprendre com-ment les individus et les entreprises effectuent ces choix et comment ces choix peuvent changer selon les circonstances économiques. Les entreprises vont-elles par exemple décider d’accroître ou de réduire le montant de leur main-d’œuvre quand de nouvelles technologies apparaissent ? Les individus vont- ils acheter de nouveaux types d’automobiles quand le prix de l’essence augmente ?

Toute personne confrontée à un choix évalue les avantages et les inconvénients des différentes options envisageables. Quand vous devez décider du menu de votre dîner, vous pouvez comparer les avantages et les inconvénients entre prendre une pizza surgelée dans votre congélateur ou sortir pour acheter des sushis. De même, une entreprise évalue les avantages et les inconvénients des différentes options en fonction de leurs effets respectifs sur ses profits. Par exemple, une chaîne de restauration tiendra compte, pour implanter un nouveau restaurant, des avantages et des inconvénients de toutes les localisations possibles. L’une d’ elles sera mieux située, dans un quartier plus fortuné, mais le loyer sera plus élevé. Une autre aura une localisation moins favorable avec un loyer plus faible.

Quand des décideurs pondèrent de façon systéma-tique les avantages et les inconvénients des options envisageables, on peut prévoir leur réaction quand les conditions économiques changent. Une hausse du prix de l’essence accroît les coûts des déplace-ments en automobile, mais le coût d’utilisation d’ une automobile qui consomme peu augmente moins que celui d’un véhicule de grand tourisme. Les ménages qui veulent acheter une automobile vont être incités à choisir un modèle qui consomme peu. Si une entre-prise vend une part importante de ses produits sur Internet, le poids accordé à la clientèle de proximité sera plus faible. Elle sera donc moins incitée à payer un loyer élevé pour une « bonne » localisation.

Les économistes étudient les choix en se focalisant sur les incitations. Pour un économiste, les incitations se définissent comme les avantages (y compris les réductions de coût) qui font pencher un décideur en faveur d’une option particulière. Parmi les nombreux facteurs qui peuvent influer sur les incitations, les prix font partie des plus importants. Si le prix de l’essence augmente, les individus sont incités à moins utiliser leur automobile. Si le prix des lecteurs MP3 baisse, les incitations à en acheter un sont plus fortes. Quand le prix d’un bien augmente, les entreprises sont incitées à en produire une plus grande quantité, afin d’accroître leurs profits. Quand un facteur utilisé pour la pro-duction devient plus cher, le travail par exemple, les entreprises sont incitées à rechercher de nouvelles méthodes visant à économiser cette ressource. Les inci-tations sont également influencées par les rendements anticipés de différentes activités. Si la rémunération du titulaire d’un master augmente par rapport à celle du titulaire d’une licence, les étudiants seront plus incités à poursuivre leurs études au-delà de la licence. Quand les économistes étudient le comporte-ment des individus ou celui des entreprises, ils s’intéressent en priorité à leurs incitations. Ces incitations sont parfois faciles à identifier. Si l’on augmente le nombre des cours nécessaires pour obtenir un master, les incitations des étudiants à aller au-delà de la licence diminueront. Mais la situation peut être moins claire. Par exemple, des automo-biles plus sûres peuvent inciter leurs conducteurs à conduire plus vite. Bien identifier les incitations et les « désincitations­ » à agir dans un sens ou un autre est l’une des premières choses que doit faire un économiste quand il veut comprendre les choix d’un individu ou d’une entreprise.

Les décideurs réagissent aux incitations. Celles-ci sont importantes pour comprendre les choix effectués.

Les arbitrages et les incitations

en pratique: le partage de musique en ligne

On doit à Napster d’avoir introduit, en 1999, le premier programme de partage de fichiers en ligne permettant d’échanger des fichiers musicaux par Internet. Cette pratique a été à l’origine de contro-verses nourries, avec d’un côté l ’industrie de l’édi-tion musicale, qui considérait le partage de fichiers musicaux comme une activité illégale et, de l’autre, les sociétés qui produisaient le logiciel de partage de fichiers et les millions d’amateurs de musique qui refusaient de payer pour ce genre de service. Le débat s’est assez rapidement élargi à l’industrie cinéma-tographique, dans la mesure où les films numérisés devenaient tout aussi facilement partageables que les fichiers musicaux. La bataille juridique entre MGM et Grokster, un distributeur de logiciels permettant le partage de fichiers en « peer-to-peer », a été portée devant la Cour suprême des États-Unis en 2005.

Les incitations sont au cœur du procès intenté au partage de fichiers. Les sociétés d ’édition musi-cale gagnent de l’argent en vendant des CD. Elles détiennent, avec les artistes créateurs de musique, des droits d’auteur qui les autorisent à faire payer ceux qui utilisent leurs productions. Les livres (y compris celui que vous lisez en ce moment), la musique, les films sont des produits soumis à des droits d’auteur.



Ils ne peuvent être distribués ou vendus sans l’auto-risation du détenteur de ces droits. Le détenteur d’un droit d’auteur (l’éditeur, l’auteur, l’artiste, le compositeur) est autorisé à limiter l’accès à son pro-duit et à exiger le paiement de royalties en échange de son utilisation. Aussi longtemps que la musique ne pouvait être copiée que par duplication physique d’une bande magnétique ou d’un CD, il était coûteux de faire des copies illégales. L’industrie de l’édition musicale tolérait la gravure d’un CD s’il agissait de l’écouter dans sa voiture ou de le donner à un ami, sous réserve que ce partage reste relativement mineur.

chapitre                     9

RAISONNER EN ÉCONOMISTE

La TARIFICATION DES SERVICES EN LIGNE ET LES INCITATIONS

Dans les premiers temps, la facturation des connexions Internet se faisait en général sur la base du temps passé en ligne par l’utilisateur client. En 1997, l’un des premiers fournisseurs d’accès internet, AOL (America OnLine), décide de changer de politique tarifaire en instaurant un forfait mensuel unique, avec un temps de connexion illimité. Les serveurs d’AOL ont été rapidement saturés et il est devenu pratiquement impossible pour les clients de se connecter. La raison en était simple : à partir du moment où la connexion n’était plus facturée au temps passé, de nombreux clients sont restés connectés en permanence. Ce faisant, ils ont saturé la capacité de connexion de modems d’AOL. Quand les clients payaient au temps passé, ils avaient une incitation à se déconnecter quand ils n’utilisaient pas le service AOL. Avec la nou-velle tarification, l’incitation à économiser le temps de connexion avait disparu. Si AOL avait été plus attentif aux incitations, il en aurait conclu qu’avant d’annoncer la nouvelle tarification, il lui fallait accroître sensible-ment sa capacité de connexion de modems.

De nos jours, ce problème s’est en grande partie résolu de lui-même : les progrès de la technologie ont permis à la fois une forte diminution des coûts et une augmentation considérable des capacités de connexion.

L’avènement de la musique numérique a profondé-ment changé les données du problème. Le partage de fichiers musicaux au format MP3, introduit par Napster4, a popularisé auprès de millions de per-sonnes le recours à ce type d’échanges. En février 2001, on comptait plus de 26 millions d’utilisateurs dans l’ensemble du monde. Napster a rapidement attiré l’ attention des sociétés d’édition musicale, qui lui ont intenté un procès pour distribution de musique protégée par des droits d’auteur sans paiement de royalties. Napster a rapidement mis un terme aux poursuites judiciaires en acceptant de payer 26 millions de dollars aux détenteurs des droits d’auteur musicaux. Mais, confrontée à la nécessité de payer un montant aussi considérable, cette société a été déclarée en faillite en 2002. Depuis, elle s’est reconvertie en un service de souscription payant permettant de télécharger de la musique légalement.

La place occupée auparavant par Napster a été reprise par des sociétés de services comme Morphéus ou Grokster. Ces sociétés offraient des possibilités de partage de fichiers en peer-to-peer (p2p) dits de « deuxième génération ». La bataille juridique avec l’industrie de l’édition musicale a alors repris de plus belle. Les sociétés mises en cause ont fait valoir que, si leurs produits pouvaient être utilisés pour dupliquer illégalement des fichiers soumis à droits d’auteur, ce n’était pas une raison suffisante pour les rendre juridiquement responsables d’une telle situation. Mais, en juillet 2005, la Cour suprême américaine a jugé le contraire, estimant que ces sociétés de services étaient juridiquement responsables dans la mesure où elles faisaient la promotion de produits uscep-tibles de ne pas respecter les droits d’auteur en toute connaissance de cause et qu’elles n’avaient rien fait pour décourager cette activité illégale.

Comment cette controverse est-elle liée au concept d’incitation ? Tout d’abord, la gratuité de la musique crée pour les amateurs de musique une incitation évidente à télécharger des fichiers musicaux plutôt que de les acheter sous forme de CD. Il s’agit de l’argument central des éditeurs de musique contre le partage de fichiers en peer-to-peer. De plus, si elles ne sont pas en mesure de faire payer la musique qu’elles produisent (car cette musique peut être téléchargée gratuitement), les sociétés d’édition musicale, et notamment les plus renommées, n’auront plus guère d’incitations ni à enregistrer des musiques nouvelles ni à faire la promotion de nouveaux auteurs ou artistes. Sur le fond, l’argument semble imparable.

Mais la question de l ’ampleur des effets du non-paiement a fait l’objet de vifs débats. L’ industrie de l’édition musicale met en avant la baisse de ses ventes de CD de 20 % en 4 ans. Pour certains, ces chiffres prouvaient à eux seuls les conséquences commer-ciales négatives pour le secteur du téléchargement gratuit. Pour d ’autres, la baisse des ventes ne faisait que refléter le ralentissement économique du sec-teur informatique de 2001 et la hausse du chômage qui l’a accompagné. Mais certaines études ont aussi avancé l’idée exactement contraire : la possibilité de télécharger gratuitement de la musique aurait en

SITES D’ENCHÈRES

L’enchère est une forme particulière de marché qui oblige les acheteurs potentiels à être physiquement présents (ou représentés) sur le lieu où s’effectuent les échanges. Des enchères ont maintenant lieu sur Internet et peuvent faire intervenir des participants habitant à n’importe quel endroit de la planète. Certains sites, comme eBay (www.ebay.com/), offrent à peu près tout ce que l’on veut à la vente. D’autres sont plus spécialisés. Par exemple, Heritage Coins (coins.ha.coin) est un site d’enchères pour les pièces de monnaie rares. Même le gouvernement américain a sauté le pas. Certes, le Trésor américain (U.S. Treasury) ne vend pas réellement sous forme d’enchères en ligne, mais il utilise le Web pour publier les adresses des lieux où les biens immobiliers confis-qués seront mis aux enchères (www.treasury.gov/ services/Pages/auctions_index.aspx).

fin de compte provoqué une hausse – et non une baisse – des ventes de CD. Écouter de la musique en ligne accroît l’intérêt porté aux musiques nouvelles et une personne qui a entendu en ligne un nouveau morceau a plus de chances que les autres d’acheter l’album CD correspondant. On citera enfin une étude effectuée par des économistes de l’université de Caroline du Nord et la Harvard Business School, dont la conclusion est l’ impossibilité de mettre en évidence un quelconque effet de l’accès aux fichiers musicaux en ligne sur les ventes ultérieures de CD.

On voit clairement l’apport de l’analyse des incita­ tions pour comprendre les enjeux de cette bataille juridique, indépendamment de la simple question de son issue finale. Dans le cas de la demande, le sens des effets incitatifs de la musique à faible coût ou avec libre accès ne sont pas clairement établis. En revanche, du côté de l’offre, les conclusions sont plus tranchées : le faible coût, voire la gratuité totale des fichiers musicaux ou cinématographiques contribuent très clairement à réduire les incitations des sociétés d’ édition musicale à découvrir, à enregistrer et à faire la promotion des nouveaux talents musicaux.

Sommaire

Partie I Introduction 1

1 La science économique moderne 3

2 Raisonner en économiste 23

Partie II Marchés parfaits 47

3 Demande, offre et prix 49

4 L’utilisation des concepts d’offre et de demande 71

5 Les décisions de consommation 95

6 La décision d’investir 123

7 Les coûts de l’entreprise 141

8 L’entreprise en concurrence 163

9 Le marché du travail 181

10 Le marché du capital 197

11 L’efficacité des marchés concurrentiels 219

Partie III Marchés imparfaits 241

12 Introduction aux marchés imparfaits 243

13 Monopole, concurrence monopolistique et oligopole 263

14 Les politiques publiques en matière de concurrence 291

15 Les comportements stratégiques 311

16 Information imparfaite sur le marché des biens 335

17 Imperfections sur le marché du travail 355

Partie IV Questions de politique économique 375

18 Le secteur public 377

19 Économie de l’environnement 407

20 Échanges internationaux et politiques commerciales 425

21 Les changements technologiques 457

Partie V Introduction à la macroéconomie 475

22 Analyse macroéconomique et perspectives économiques 477

23 Les mesures du produit et du chômage 491

24 Coût de la vie et inflation 513

Partie VI Analyse macroéconomique en plein emploi 527

25 Le modèle de plein emploi 529

26 Les finances publiques en plein emploi 549

27 Économie ouverte et équilibre de plein emploi 567

28 Croissance et productivité 583

29 Monnaie, prix et Banque centrale 603

Partie VII Fluctuations macroéconomiques 633

30 Introduction à l’analyse des fluctuations macroéconomiques 635

31 Dépenses globales et revenu national 657

32 Demande globale et inflation 683

33 Les banques centrales et les taux d’intérêt 707

34 Le rôle de la politique macroéconomique 719

Partie VIII L’économie mondialisée 745

35 Le système financier international 747

36 La politique économique en économie ouverte 767

37 Économie du développement et de la transition 781

Partie IX Autres questions macroéconomiques 807

38 Inflation et chômage 809

39 Les grands débats de politique macroéconomique 827

40 L’intégration économique européenne 853

Glossaire 885

Index 905

Crédits 923

Table de matières 925



987