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Chapitre 2 : Caractéristiques des Marchés et des Flux

Ce chapitre décrit les caractéristiques générales du s

ystème commercial du bassin ouest, dans le but de permettre une étude plus approfondie de son fonctionnement plus tard dans le document. En premier lieu, ce chapitre caractérise les types de marché rencontrés dans le bassin et leur fonction. Puis, au moyen d’une cartographie, il illustre les principaux flux de riz, de céréales sèches, de mil, de bétail, d’arachide, d’huile de palme et de niébé dans le bassin.

2.1 Typologies des marchés

Figure 1 : Typologie simplifiée des marchés du bassin ouest

Trois principaux types de marchés existent dans le bassin          ouest,   chacun hébergeant des modes de transaction spécifiques. Il est permis de distinguer trois grands types de marchés dont les rôles sont clairement différenciés :       le                marché hebdomadaire rural ou lumo, le marché de regroupement et le marché de consommation (figure 1).

En milieu rural, l’essentiel des échanges se produit sur des marchés hebdomadaires où les produits du cru sont échangés contre des marchandises manufacturées. Les lumo d’une même zone fonctionnent de façon coordonnée, chacun se tenant à tour de rôle. Ces marchés hebdomadaires ruraux opèrent en étroite liaison avec un marché de regroupement. Ces marchés de regroupement servent aux transactions entre grossistes, et fonctionnent comme interface à la fois avec le port (et donc le marché international) et les marchés urbains de consommation. Le marché urbain de consommation est approvisionné à la fois par le marché de regroupement pour les produits locaux et le port pour les produits importés. Le graphique ci-dessus schématise les liens qui existent entre ces différents types de marchés. On notera que certains marchés associent différentes fonctions (par exemple regroupement et consommation). Comme le décrit Fanchette (2001), le réseau commercial est en évolution constante: certains marchés prennent de l’importance en peu de temps (comme celui de Diaobé, crée en 1974), alors que d’autres disparaissent (comme les lumo de Salikénié ou de Témento en Haute Casamance).

En début de chaîne pour les produits locaux (mil, sorgho, maïs, arachide) se situent les marchés ruraux hebdomadaires ruraux, également appelés lumo en Gambie, en Guinée, Guinée-Bissau, dans la vallée du fleuve en Mauritanie et au Sénégal. Ces marchés hebdomadaires ont vocation à centraliser l’offre et la demande afin d’atteindre un seuil permettant de déclencher les échanges. L’existence des lumo a été favorisée par les autorités après les indépendances afin de servir de cadre d’échange dans les zones rurales productrices de cultures de rente, ainsi que pour contrôler les flux vers les Etats voisins (Fanchette, 2001). La création des communautés rurales au Sénégal dans les années 1970 a également participé à la dynamique, les marchés constituant une source incontournable de financement pour les collectivités nouvellement constituées.

Le marché rural hebdomadaire est à la fois un marché de production et de consommation. Pendant la période des récoltes, la principale fonction du marché rural est la collecte des céréales et des produits de rente, ainsi que la vente des produits importés ou manufacturés aux ménages. Pendant la période de soudure, le lumo change de vocation et devient essentiellement une source d’approvisionnement des ménages en céréales. Les marchés ruraux hebdomadaires situés en zone excédentaire peuvent fonctionner comme des marchés de collecte toute l’année, approvisionnant à la fois les marchés de regroupement et les marchés ruraux des zones déficitaires (figure 1).

Les commerçants mobiles, qui fréquentent les marchés hebdomadaires d’une zone donnée, animent les transactions. Ces commerçants mobiles assurent la collecte et l’expédition des productions locales, ainsi que l’approvisionnement des marchés hebdomadaires ruraux en produits importés et manufacturés. Les commerçants mobiles opèrent en lien étroit avec un marché de regroupement pour s’approvisionner en produits destinés à la vente sur les lumo, et pour écouler la marchandise collectée sur ces derniers. Les vendeurs sur les marchés hebdomadaires ruraux sont producteurs ou détaillants. Sur les lumo, les acheteurs sont consommateurs ou collecteurs.

L’offre proposée sur les marchés hebdomadaires ruraux, peu diversifiée, comprend parfois des produits de deuxième qualité, dont la présence traduit la faiblesse de la demande des ménages et sa forte sensibilité au prix. Il arrive que les lumo soient très récents – datant de quelques années à peine – et de taille très modeste, assemblant en moyenne une cinquantaine de commerçants. Le marché hebdomadaire rural est un marché précaire, souvent dépourvu d’étal permanent et de structures de stockage. Le quart des lumo est enclavé pendant l’hivernage. Cet enclavement, qui se produit pendant la période de soudure, ne peut qu’exacerber les difficultés saisonnières d’accès alimentaire des populations rurales.

Il arrive que des flux transfrontaliers courts s’articulent autour des lumo, tel celui de Sare Yoba Diéga (Kolda) pour l’exportation des bovins vers la Gambie, ou celui de Cambadju (Bafata) pour l’exportation de mil et d’arachide vers le Sénégal. Sur les deux rives de la vallée du Fleuve Sénégal, les marchés ruraux hebdomadaires coexistent avec un système de boutiques dont l’existence permet de façon continue la commercialisation de produits importés et la collecte de produits de rente.

Les marchés de regroupement constituent l’interface entre les marchés hebdomadaires ruraux, les marchés urbains de consommation et le marché international. Si le marché de regroupement typique connait un pic d’activités un jour donné de la semaine, des transactions y ont lieu tous les jours. En fonction des apports des lumo, les marchés de regroupement constituent une offre en produits non-transformés (céréales, produits de rente) destinée à être réexpédiée en gros vers les marchés urbains de consommation et vers le port pour les produits destinés à l’exportation (arachide, anacarde). Le marché de regroupement permet également de répartir l’offre en produits importés reçus du port vers les grandes agglomérations et les marchés hebdomadaires ruraux. En période de soudure, les marchés de regroupement approvisionnent les marchés ruraux hebdomadaires des zones déficitaires en céréales locales et importées.

Les marchés de regroupement sont fréquentés par des vendeurs qui sont producteurs ou collecteurs et par des acheteurs qui sont des grossistes ou expéditeurs. Les commerçants mobiles qui animent les marchés hebdomadaires ruraux sont à la fois vendeurs et acheteurs sur les marchés de regroupement. Ces commerçants mobiles constituent le relais entre les lumos et les marchés de regroupement. Sur ces marchés, les principaux volumes de transactions s’effectuent entre grossistes. En moyenne, une trentaine de grossistes animent les échanges sur ces marchés.

Les marchés de regroupement se spécialisent par filière : on retiendra le marché de Dahra (Louga) pour le bétail, de Richard Toll (Saint Louis) pour le riz local, de Gouille Mbeuth (Louga) pour le niébé et de Touba (Diourbel) pour l’arachide, les céréales sèches locales et les produits tropicaux. Certains marchés de regroupement tirent parti de leur situation géographique frontalière. Ainsi, le marché de Diaobé (Vélingara) doit son essor à son rôle de plaque tournante transfrontalière; les grossistes bissau-guinéens, gambiens et guinéens s’y rendent pour effectuer des transactions avec les opérateurs sénégalais. Le marché de Rosso (Trarza) joue le même rôle en Mauritanie. Bassé Santa Su (Upper River), ‘ville-entrepôt’ (Fanchette, 2001) est un important marché de regroupement dont la position géographique et l’infrastructure lui permet d’entretenir des échanges soutenus avec le Sénégal voisin.

Encadré 1 : Touba et Diaobé, des marchés devenus incontournables

Fondée il y a un siècle dans le nord du bassin arachidier, Touba est un haut lieu de la confrérie religieuse des mourides. La ville accueille notamment le pèlerinage annuel du magal. Forte de 500 000 habitants, Touba figure parmi les plus grandes villes sénégalaises. Le marché de Touba est le théâtre d’échanges en gros portant sur le riz importé en provenance du port de Dakar, mais aussi d’arachide, d’huile de palme et de produits forestiers qui satisfont sa propre demande et celle des grandes villes du nord ouest sénégalais.

Diaobé se situe en territoire sénégalais, aux confins de la Gambie et de la Guinée-Bissau et à portée de la Guinée. Il s’agit d’un véritable marché sous-régional où se rencontrent commerçants gambiens, bissau-guinéens, guinéens et sénégalais. Des échanges de volumes importants y ont lieu pour l’huile de palme, le café vert, le piment noir, le néré provenant de la forêt. L’arachide gambienne, bissau-guinéenne et de Haute Casamance y est commercialisée. A Diaobé, le poisson séché et le sel du Sénégal trouvent le chemin des marchés du sud.

Les marchés de regroupement disposent généralement d’un bon accès routier et de magasins de stockage. Malgré cela, un tiers des marchés de regroupement est enclavé pendant l’hivernage, ce qui signifie que les transactions y sont irrégulières, avec des répercussions sur l’ensemble de la filière.

2.1.3 Les marchés urbains de consommation

Les marchés urbains de consommation satisfont la demande des zones urbaines par les apports des marchés de regroupement ou du port. Il s’agit de marchés ‘permanents’ où d’importants volumes de transactions se produisent quotidiennement. On y rencontre grossistes et détaillants pour toute une gamme de produits alimentaires. Les marchés urbains de consommation peuvent compter plusieurs centaines de détaillants. L’offre sur ce type de marché est à la fois forte et diversifiée, compte tenu du pouvoir d’achat relativement élevé des consommateurs et des volumes importants qui y sont brassés.

L’offre et la demande sont particulièrement diversifiées sur marchés urbains des capitales dotées d’un port et d’un certain poids démographique (Banjul, Bissau, Conakry, Dakar, Nouakchott). Des marchés de consommation de moindre envergure existent dans les zones rurales déficitaires, à l’image des marchés de Mbout (Gorgol), de Ziguinchor ou de Bakel (Tambacounda). S’il arrive que ces derniers accueillent des activités de collecte à la fin de la récolte, leur vocation prédominante reste la consommation.

Les denrées importées sont présentes toute l’année sur les marchés urbains de consommation. Ces marchés jouissent généralement d’une infrastructure adéquate. L’enclavement affecte certains marchés de consommation isolés non pourvus d’une route bitumée.

Le système du bassin ouest repose sur une multitude de marchés ruraux hebdomadaires, d’envergure modeste, liés à un marché de regroupement. Les marchés de regroupement entretiennent des rapports commerciaux directs avec l’ensemble des autres marchés, les lumo, les marchés urbains de consommation et les importateurs/exportateurs du port. Le tableau ci-dessous reprend les caractéristiques principales des types de marché rencontrés dans le bassin.

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2.2 Cartographie des flux

Généralement, les flux de denrées agricoles prennent la direction des zones urbaines, notamment côtières, dont la forte demande exerce une puissante attraction sur le marché régional. L’urbanisation continue de l’Afrique de l’Ouest et des pays du bassin (Abdoul et al., 2007) constitue une tendance lourde à laquelle répond l’orientation des flux commerciaux. Par ailleurs, les zones urbaines côtières, pourvues de ports, assurent la fonction d’interface avec le marché mondial, et constituent les points d’origine et de destination des flux d’importation et d’exportation.

La troïka Touba-Dakar-Diaobé constitue l’épine dorsale du commerce des produits agricoles dans le bassin ouest. En effet, les flux alimentaires dans le bassin convergent vers le Dakar et le nord ouest sénégalais, zone urbanisée, à revenu relativement élevé, dont la demande considérable exerce une forte influence sur les marchés des pays voisins. Le tableau 4 ci-dessous présente les dynamiques démographiques et économiques qui sous-tendent le poids du marché sénégalais sur les échanges dans le bassin. On constate que le produit intérieur brut (PIB) per capita du Sénégal en 2007 est nettement plus élevé que celui des autres pays du bassin. Le PIB per capita du Sénégal, de USD 908 en 2007 ; est presque quatre fois supérieur à celui de la Guinée-Bissau, et le double de celui de la Guinée. La population de l’agglomération Dakaroise, évaluée à 2.6 millions d’habitants, est elle aussi nettement plus élevée que celle des autres centres urbains du bassin. L’importante demande solvable de l’ouest Sénégalais attire des flux commerciaux de l’ensemble du bassin.

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Le marché de Touba, centre névralgique du commerce agricole sénégalais, a pour vocation d’importer les produits vivriers et de rente de toutes origines, et de répartir cette offre sur les centres urbains de Dakar, du nord du bassin arachidier, de la Petite Côte et des zones rurales déficitaires. En parallèle, le port de Dakar approvisionne le reste du Sénégal, le Mali et parfois la Guinée-Bissau en riz importé et en produits manufacturés.

La place de Diaobé sert de ‘sas d’entrée’ au marché sénégalais pour les produits gambiens, bissau-guinéens et guinéens destinés à satisfaire la demande des zones urbaines du nord ouest sénégalais. Les opérateurs étrangers n’ont pas d’accès direct aux marchés de Dakar et de Touba, au cœur du bassin. Si les flux se réalisent sur de très longues distances – comme dans le cas du commerce des produits tropicaux (huile de palme, café, piment) ou du bétail – ce sont les opérateurs nationaux qui prennent le témoin à partir de marchés-relais comme Diaobé. Le marché de Dahra joue le même rôle pour le bétail. Les marchés de regroupement de Rosso en Mauritanie, ou de Kayes au Mali, permettent également ce passage de témoin aux opérateurs nationaux.

Avant de présenter la cartographie des flux, il convient de relever la forte dépendance des pays du bassin ouest par rapport à l’importation de céréales, et du riz en particulier. Hormis le Mali, tous les pays considérés dans l’étude affichent des déficits céréaliers structurels importants. Pendant des années, le prix relativement abordable du riz sur le marché international a pu favoriser le développement d’une dépendance à son égard. A la différence des pays enclavés du bassin central ou du bassin est, les flux commerciaux du bassin ouest sont largement influencés par la facilité d’accès au marché international, par l’intermédiaire des portes d’entrées que constituent les ports de Nouakchott, de Dakar, de Banjul, de Bissau et de Conakry.

Ce document propose une cartographie des principaux flux des denrées analysées, soit le riz importé, les céréales sèches, (mil et maïs), l’anacarde, l’arachide, le bétail, l’huile de palme et le niébé. Les questions relatives au fonctionnement spécifique des filières sont plus largement analysées dans le chapitre relatif à l’efficacité des marchés (Chapitre 3).

Commerce Transfrontalier et Sécurité Alimentaire en Afrique de l’Ouest : Cas du Bassin Ouest 2.2.1 Riz local et riz importé

L’insuffisance de la production céréalière en général (et du riz local en particulier) a donné lieu à une importation massive de riz dans le bassin. S’il existe bien des flux transfrontaliers de riz, leur ampleur de reste limitée. Pour l’essentiel, les flux de riz au sein du bassin ouest empruntent des circuits nationaux.

Les principaux bassins de production du riz local dans le bassin ouest se situent dans la vallée du fleuve Sénégal et au niveau des systèmes mangrove, de bas-fonds et de plateaux de la partie méridionale de la zone (Gambie, Casamance, Guinée-Bissau et Guinée). Les productions de l’Office du Niger au Mali – que l’on rattache au bassin central - ne sont pas prises en compte dans cette analyse. Si la production du riz local dans de nombreux pays a connu un essor suite à l’augmentation de son prix 2008 (AFD, 2009), elle demeure insuffisante pour répondre à une demande sans cesse croissante. Au Sénégal, le marché de Richard Toll concentre une grande partie de l’offre en riz local. Ce rôle est joué par Rosso (Trarza) en Mauritanie, Catio (Tombali) en Guinée-Bissau et Nzérékoré en Guinée. La production de riz local en Casamance, en Gambie et en Guinée-Bissau est en grande partie autoconsommée. En revanche, la filière du riz local étuvé en Guinée fait l’objet d’un commerce national : DYNAFIV (2005) estime qu’environ 120.000 tonnes de riz local étuvé y sont mises sur le marché chaque année, dont la moitié fait l’objet d’un commerce inter-préfectoral. Au Sénégal, le riz décortiqué issu de la vallée du Fleuve Sénégal est transféré vers les régions de Thiès, de Diourbel et de Tambacounda (AFD, 2009). De faibles quantités de riz local sont échangées dans les marchés transfrontaliers, on citera le cas du riz local sénégalais en Mauritanie.

Dans le cas des deux Guinées, on signale que les femmes sont très présentes dans la commercialisation du riz local. Elles achètent le riz étuvé aux coopératives en milieu rural et assurent sa revente au consommateur, aussi bien dans les marchés hebdomadaires ruraux que sur les marchés urbains de consommation.

Conséquence de l’insuffisance des productions de riz local, le bassin ouest dépend fortement des importations de riz, particulièrement pendant la période de soudure. Les principaux flux de riz importé apparaissent sur la carte 2 ci-dessous. Le riz importé par les pays du bassin ouest provient essentiellement du Sud Est asiatique mais également d’Amérique du Sud. Le tableau 5 illustre à la fois l’importance des volumes importés et la dépendance des pays du bassin par rapport à leurs besoins en céréales.

Tableau 5 : Importations et taux de dépendance par rapport au riz importé

Sources : FAO STAT, CILSS 2009.

D’après le CILSS, le bassin ouest aura importé en 2009 plus de 1,2 millions de tonnes de riz. A l’échelle mondiale, le bassin ouest représente environ 4% du commerce international de riz, qui s’élève à 30,4 millions de tonnes en 2009 (CIRAD, 2009). En termes absolus, les principaux importateurs sont le Sénégal, suivi de la Guinée et de la Guinée-Bissau. En termes relatifs, le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau sont particulièrement dépendants de l’importation de riz pour couvrir les besoins céréaliers de leur marché local : le riz couvre de 30 à 46% des besoins céréaliers totaux de ces pays. La place du riz importé est moindre dans l’approvisionnement de la Guinée, du Mali et de la Mauritanie.

Comme le montre la carte 2, le port de Dakar est la principale voie d’accès du riz importé dans le bassin ouest, le port approvisionne également le marché malien, et parfois le marché bissau-guinéen.         Le commerce du riz importé fait l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoir publics, qui en régulent souvent le prix, et qui par voie de conséquence peuvent être amenés à tenter de limiter sa réexportation. Ce souhait des Etats de canaliser le flux du riz importé se heurte parfois aux réalités économiques.

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En période de soudure –après la campagne de commercialisation de l’anacarde – il peut arriver que les opérateurs sénégalais approvisionnent le marché bissau-guinéen en riz importé. Sur ce marché très déficitaire et régulièrement confronté à des pénuries, le Sénégal joue un rôle de fournisseur de dernier recours. Le marché bissau-guinéen, de faible taille et enclavé, semble particulièrement vulnérable à un dysfonctionnement du marché international ou à une éventuelle défaillance du ravitaillement des fournisseurs sénégalais.

Des flux transfrontaliers mineurs de riz importé se produisent sur des distances courtes quand un différentiel de prix le justifie, comme par exemple entre le Sénégal et la

Mauritanie ou entre la Gambie et le Sénégal. La Gambie -qualifiée ‘d’Etat-entrepôt’ par Fanchette (2001 p91) - est dotée d’un système de transport fluvial permettant d’acheminer de Banjul à Bassé Santa Su des quantités de riz importé dont une partie pourrait être commercialisée au Sénégal. Abdoul et al. (2007) mettent en question la pérennité du modèle gambien de réexportation, faisant état des déséquilibres macroéconomiques qu’il a engendré. La récente appréciation du dalasi par rapport au franc CFA depuis 2006 est peut être un symptôme de la perte de compétitivité des exportations gambiennes. L’essentiel du riz importé consommé au Mali provient des ports de Dakar et de Conakry. Le riz importé par les ports de Nouakchott et de Bissau ne semble pas faire l’objet de flux transfrontaliers significatifs.

2.2.2 Céréales sèches

La production de céréales sèches est insuffisante pour couvrir les besoins de la population dans le bassin ouest, dont la partie septentrionale est jalonnée de zones fortement déficitaires. La production de céréales sèches dans le bassin, totalisant environ 2.5 millions de tonnes, est principalement le fait de la Guinée et du Sénégal (tableau 6). Le commerce transfrontalier de céréales sèches dans le bassin, illustré sur la carte 3, lie principalement le bassin arachidier sénégambien avec les zones urbaines du nord ouest Sénégalais et le sud de la Mauritanie. Un flux de céréales sèches guinéennes arrivait au Sénégal dans le passé. L’instabilité politique et l’insécurité qu’a connues la Guinée aurait interrompu ce flux depuis 2007. Les apports en maïs provenant du nord de la Côte d’Ivoire, transitant par le Mali, comblent les déficits de la production propre du bassin.

Tableau 6 : Production de céréales sèches

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Le mil est produit dans l’ensemble des pays de l’espace, à partir des terres pluviales de la vallée du Fleuve Sénégal jusqu’au nord de la Guinée, souvent en association avec l’arachide. Le bassin arachidier sénégalais, la Gambie, la Haute Casamance et le nord est de la Guinée-Bissau produisent l’essentiel des excédents commercialisés. Le sud de la Mauritanie, structurellement déficitaire, bénéficie à la fois des apports en mil du bassin arachidier et du Mali. A l’instar des autres cultures céréalières dans l’espace du bassin ouest, la production en mil est insuffisante pour couvrir les besoins des ménages qui, pendant la période de soudure, consommeront d'autres céréales.



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