Documentation de cours sur l'essentiel du commerce electronique

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Documentation de cours sur l'essentiel du commerce électronique

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  1. Évaluation de la réceptivité

Dans les paragraphe ci-dessus, nous avons traité des aspects de l’infrastructure de l’économie numérique qu’il est assez facile de quantifier. Toutefois, il est difficile d’évaluer le degré auquel un pays est prêt à s’intégrer dans la société mondiale de l’information sans compléter les données quantitatives par d’autres indicateurs d’aspects plus qualitatifs de l’économ


ie, du cadre juridique et du cadre institutionnel. Divers instituts universitaires, organisations privées et éditeurs publient des indicateurs qui visent à faire la synthèse des données relatives à ces aspects. Parmi la littérature récente, on peut citer notamment le Global Information Technology Report (GITR) 2002-2003, publié par le Forum économique mondial (WEF) et l’INSEAD, et le classement établi par l’Economist Intelligence Unit.

Le GITR classe 82 pays ou territoires sur la base d’un indicateur de réceptivité (Networked Readiness Index (NRI)), censé indiquer le « degré auquel un pays ou une communauté est prêt à utiliser et à exploiter les progrès des TIC » (Dutta, Lanvin and Paua 2003). Le NRI, qui se fonde surtout sur une évaluation des institutions, mesure trois aspects pertinents : l’environnement, la réceptivité et l’utilisation. La dimension environnement indique dans quelle mesure le marché, le système politique et juridique et les infrastructures du pays permettent le développement et l’emploi des TIC. La réceptivité est une évaluation de l’aptitude des principaux agents économiques – individus, entreprises et pouvoirs publics – à exploiter les TIC. L’utilisation est un indicateur du degré auquel ces agents emploient déjà les TIC.

L’Economist Intelligence Unit (EIU) emploie une approche similaire, mais en attachant plus d’importance aux applications économiques des TIC, et son classement (ERI), qui porte sur 65 pays ou territoires, vise à évaluer « dans quelle mesure un marché est propice à l’exploitation de l’Internet » (Economist Intelligence Unit 2003).

Une des grandes difficultés qu’on rencontre lorsqu’on cherche à formuler des conclusions générales applicables aux pays en développement et au degré de réceptivité des différentes régions du monde est l’absence de statistiques fiables sur l’existence des conditions de l’adoption des TIC dans certains pays en développement. C’est pourquoi de nombreux pays en développement ne sont pas inclus dans ces deux classements. Six pays en développement, dont les quatre classés en dernier dans l’enquête de l’EIU, ne sont pas pris en considération dans le GITR, tandis que 21 des 22 pays non classés par l’EIU mais classés dans le GITR sont des pays en développement. Il faut aussi tenir compte des différences entre les variables étudiées, des méthodes de transformation des données et des critères employés pour l’évaluation des aspects qualitatifs.

En dépit de tous ces facteurs, le degré de concordance entre ces deux classements est remarquable. Six des dix premiers pays sont les mêmes dans les deux cas : Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Suède et Royaume-Uni. Dans les 15 premiers pays des deux classements, on retrouve la même concordance, avec la présence de l’Allemagne, de l’Australie, des Pays-Bas, de Singapour et de la Suisse. Comme on pouvait s’y attendre, tous ces pays sont des pays riches. En raison des différences entre les deux échantillons, on ne peut pas faire de comparaison similaire parmi les pays moins bien classés. Les 15 derniers pays des deux classements sont des pays en développement, mais cela ne signifie pas que tous les pays en développement soient au même niveau. Dans toutes les régions, les deux classements mentionnent un certain nombre de pionniers en matière d’utilisation des TIC :

  • En Amérique latine, le Brésil et le Chili ont une note supérieure à la médiane dans le GITR, mais seul le Chili obtient un même résultat dans le classement de l’EIU. (Le Mexique est classé 36e sur 60 et sa note est de 5,56, la médiane étant de 5,565.)
  • Parmi les pays en développement d’Asie, Singapour, la Province chinoise de Taiwan, la République de Corée, Hong Kong (Chine), la Malaisie, l’Inde et la Thaïlande ont une note supérieure à la médiane dans le classement GITR. Dans le classement de l’EIU, Hong Kong (Chine), Singapour, la République de Corée et la Province chinoise de Taiwan ont une note supérieure à la médiane.
  • La Tunisie et l’Afrique du Sud sont les seuls pays d’Afrique (sur un total de neuf) à obtenir une note supérieure à la moyenne dans le classement GITR. Aucun des quatre pays d’Afrique étudiés par l’EIU ne se trouve dans la première moitié du classement. L’Afrique du Sud, classée 31e comme le Mexique, a une note inférieure de 0,05 point à la médiane.
  • En Europe centrale et orientale, l’Estonie, la Hongrie, la Slovénie, la Lettonie, la Pologne, la République slovaque et la République tchèque ont un classement supérieur à la médiane dans le GITR. La République tchèque, la Hongrie et la Pologne sont les seuls pays de la région à figurer dans la première moitié du classement de l’EIU.

Le tableau 1.11 permet de comparer le NRI et l’ERI. Malgré la concordance générale, il y a quelques différences frappantes. Les notes de l’ERI sont plus dispersées, allant, pour les 25 pays les mieux placés, de 8,67 (Suède) à 6,96 (Israël), tandis que dans le NRI, la note la plus élevée est de 5,92 (Finlande) et celle du pays classé au 25e rang (Espagne) est de 4,67. Les notes les plus basses sont celles de l’Azerbaïdjan, classé au 60e rang dans l’ERI (avec une note de 2,37) et d’Haïti, classé au 82e rang dans le NRI (2,07).

Le GITR analyse la corrélation entre le produit intérieur brut (PIB) et le classement du NRI, ce qui montre que le PIB par habitant a une forte influence sur la note dans le cas des pays pauvres et que la note s’améliore rapidement avec une progression relativement modique du PIB, tandis que l’influence du PIB diminue rapidement dès qu’il dépasse 9 000 dollars par habitant. Le niveau des dépenses consacrées aux TIC est beaucoup moins corrélé avec le PIB, c’est-à-dire que la note est très dispersée quel que soit le niveau des dépenses en pourcentage du PIB. Le fait que pour un même investissement le degré de réceptivité peut varier beaucoup souligne l’importance d’autres facteurs tels que le marché et la réglementation. Cette observation est corroborée par le classement relativement médiocre du Japon, qui est le deuxième producteur mondial de produits liés aux TIC (il est classé au 20e rang dans le NRI et au 24e dans l’ERI).

Les politiques publiques de promotion de la société de l’information (mesures visant à encourager la concurrence dans les télé-communications, appui à l’investissement dans les infrastructures, projets pilotes d’informatisation des administrations publiques, de sensibilisation aux TIC et de renforcement des compétences et amélioration du cadre réglementaire) sont un des facteurs qui expliquent le bon classement de certains pays. En outre, il semble que les pays où la densité de population est élevée, ce qui réduit le coût du déploiement des infrastructures, et dont la superficie est relativement petite obtiennent généralement de meilleurs résultats.

D’autre part, la majorité des pays en développement souffrent de handicaps qu’il est difficile de compenser par des mesures visant directement à promouvoir l’adoption du commerce électronique : faible niveau des revenus, ce qui limite les possibilités de croissance de toute activité en ligne comme de l’informatique en général et réduit l’incitation à investir, niveau d’alphabétisation insuffisant, si bien que de nombreuses personnes ne peuvent pas employer la plupart des outils informatiques, absence d’un système de paiements capable de sécuriser les transactions en ligne et résistance culturelle. Pour éliminer les obstacles à l’informatisation, il faut agir dans le cadre plus général de la stratégie nationale de développement. Mais en même temps, l’essor de la société de l’information en général et d’une économie numérique dynamique en particulier peut apporter une contribution notable à la réalisation des objectifs généraux de développement. C’est pourquoi il convient d’intégrer dans les stratégies nationales de développement les facteurs pertinents pour le développement du commerce électronique. La question de l’élaboration et de l’exécution de stratégies expressément conçues pour encourager les entreprises à adopter le commerce électronique a fait l’objet de plusieurs réunions régionales de haut niveau organisées par la CNUCED en 2002 et en 2003, auxquelles ont participé les pouvoirs publics, les entreprises et les parties prenantes de la société civile 16. Les résultats de ce processus sont analysés au chapitre 3.

  1. Le poids du commerce électronique dans le monde

Il est assez facile de mesurer de nombreux aspects matériels de l’économie numérique : le nombre d’ordinateurs employés dans le monde, la largeur de bande disponible pour les relier entre eux, le nombre d’entreprises qui emploient l’Internet, etc. Certains de ces aspects ont été abordés dans les paragraphes ci-dessus. Par exemple, pour mesurer l’emploi de l’Internet, on peut employer le trafic, c’est-à-dire le volume d’information transmise 17. Selon certaines estimations, le trafic Internet pourrait doubler chaque année entre 2002 et 2007, passant de 180 petaoctets 18 par jour à 1 175 petaoctets par jour (IDC 2003) 19. Le trafic généré par les consommateurs constituerait quelque 60 % du total et le trafic généré par les entreprises 40 % (IDC 2003d). Cette prévision est conforme aux résultats d’études qui ont montré que, contrairement à ce qu’on disait souvent à la fin des années 90 (que le trafic Internet doublerait tous les trois ou quatre mois), le trafic Internet a doublé chaque année depuis 1997 et son expansion se poursuit au même rythme (Odlyzko, 2003).

 Les infrastructures employées pour le commerce électronique peuvent fournir un autre moyen indirect de mesurer son évolution, sinon son chiffre d’affaires. On peut par exemple compter le nombre de serveurs sécurisés (c’est-àdire ceux qui permettent d’employer un cryptage fort). Le graphique 1.6 semble confirmer l’idée que la croissance du commerce électronique s’est poursuivie malgré les revers de 2000 et de 2001 et que les agents économiques autres que ceux de l’Amérique du Nord jouent un rôle de plus en plus important dans ce commerce.

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Très peu de pays tiennent des statistiques officielles sur les transactions en ligne. Dans la grande majorité des pays en développement, il n’y a tout simplement pas de données, et même dans les pays développés les données sont lacunaires 20. Pour la plupart, les informations disponibles au sujet du montant des transactions électroniques sont des prévisions ou des estimations publiées par des entreprises d’études de marché ou de conseil informatique, qui souvent ne s’intéressent qu’au commerce avec les particuliers sur les marchés les plus importants. On ne dispose guère de renseignements supplémentaires qui seraient susceptibles de modifier l’image du commerce électronique mondial qui ressort des chiffres précédemment publiés par la CNUCED 21. Cela vaut particulièrement pour l’Afrique, région pour laquelle on ne dispose d’aucun renseignement autre que ceux publiés dans le précédent Rapport sur le commerce électronique et le développement.

 Nous avons repris ici certains de ces chiffres pour donner au lecteur au moins une idée générale du volume du commerce électronique à l’échelle mondiale. Les estimations du chiffre d’affaires pour 2003 se situent entre 1 408 milliards et 3 878 milliards de dollars, et d’après les projections les plus optimistes, il atteindrait 12 837 milliards de dollars en 2006 22. Plus de 95 % des transactions sont imputées au commerce électronique réalisé dans les pays développés. D’après certaines estimations, la part totale de l’Afrique et de l’Amérique latine représentait moins de 1 % du chiffre d’affaires mondial en 2002. La plupart des personnes qui ont étudié la question estiment que les transactions interentreprises représentaient quelque 95 % du total et que le poids relatif des transactions interentreprises et des transactions avec des particuliers ne devrait guère changer à moyen terme.

  1. Le commerce en ligne entre entreprises et consommateurs

Presque toutes les estimations officielles de l’activité du commerce électronique concernent les pays riches à économie de marché et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a fait plusieurs enquêtes sur ces pays (OCDE 2002). À la date à laquelle ont été réalisées ces enquêtes (2000 ou 2001 dans la plupart des cas), la proportion d’utilisateurs de l’Internet qui faisaient des achats en ligne était particulièrement élevée dans les pays nordiques, au Royaume-Uni et aux États-Unis (38 %). À l’autre extrême, elle ne dépassait pas 0,6 % au Mexique. La part des ventes aux particuliers dans le total s’échelonnait entre 30 % environ (Finlande et Luxembourg) et quelque 1 % (Singapour). De façon générale, le chiffre d’affaires de la vente en ligne ne représentait qu’une très petite proportion du total de la vente au détail, de 0,1 % en France à un peu plus de 1 % au Royaume-Uni 23.

Pour avoir des données plus récentes, il faut presque toujours s’adresser à des sources autres que les offices de statistique. Dans les paragraphes ci-après, nous présenterons des informations provenant essentiellement de sociétés de conseil ou d’études de marché.

Dans les pays les plus avancés d’Amérique du Nord et d’Europe, les attitudes des consommateurs semblent converger. Aux États-Unis, 22,5 % des ménages vivant dans les 85 plus grandes agglomérations avaient fait plus de cinq achats en ligne en 2002 (eMarketer 2003b). Dans les plus grands pays d’Europe, 20 % des adultes avaient fait des achats en ligne en 2002, contre 14 % en 2001. Un grand nombre de personnes (41 millions) ont employé l’Internet pour s’informer en vue d’un achat en magasin (Forrester Research 2002d). Pour ce qui est des dépenses par personne, la moyenne dans les pays de l’Union européenne se montait à 527 euros (428 dollars) en 2002 (Forrester Research 2002d), contre 717 dollars aux États-Unis, selon la prévision de eMarketer 2003a pour 2003. Aux États-Unis, d’après les chiffres officiels publiés par le Bureau du recensement, le commerce de détail en ligne pesait 43,47 milliards de dollars en 2002, soit 25,64 % de plus qu’en 2001. Cette progression est d’autant plus remarquable qu’en 2002 le chiffre d’affaires total de la vente au détail aux États-Unis n’a augmenté que de 2,9 %. La part des achats en ligne dans le total du commerce de détail est passée de 1,1 % en 2001 à 1,34 % en 2002 (US Census Bureau 2003b).

Comme c’est souvent le cas en matière de quantification du commerce électronique, les différentes estimations du chiffre d’affaires de la vente aux particuliers aux États-Unis pour 2002 et les prévisions pour 2003 sont très dispersées 24. Le tableau 1.12 récapitule certaines de ces estimations.

La part des achats en ligne commence à être considérable pour certains produits. Ainsi, aux États-Unis, en 2002, 32 % des logiciels, 17 % des billets de spectacle et 12 % des livres ont été vendus en ligne (Forrester Research 2003b). Les voyages sont aussi un marché important. D’après une enquête réalisée en avril 2003, 52 % des personnes interrogées réalisaient en ligne plus de la moitié des transactions liées à des voyages et 29 % employaient exclusivement le commerce en ligne pour les différentes prestations (achat de billets, location de voiture, réservation d’hôtel) (CyberAtlas 2003b). Le nombre de personnes qui achètent en ligne des services liés aux voyages a progressé de 12 % en 2002 et le chiffre d’affaires correspondant a atteint 22,6 milliards de dollars (Forrester Research 2002c). D’après d’autres sources, les transactions en ligne représentent 15 % des dépenses de voyages faites aux États-Unis (International Herald Tribune 2003). Les clients considèrent qu’ils ont plus de chances d’obtenir un prix intéressant par l’Internet que par tout autre moyen.

Dans l’Union européenne, le chiffre d’affaires du commerce électronique a été estimé à 30 milliards d’euros en 2002 (28,29 milliards de dollars au taux de change moyen de 2002). Cela correspond à quelque 1,6 % du total du commerce de détail, proportion similaire à celle observée aux États-Unis (Forrester Research 2002b). Des différences d’attitude (la méfiance concernant la sécurité des transactions en ligne et la plus ou moins grande utilisation de cartes de crédit) semblent être les raisons pour lesquelles les achats en ligne durant les derniers mois de 2002 ont été moins importants en Allemagne (2,2 milliards d’euros ou 2,7 milliards de dollars) qu’au Royaume-Uni (2,6 milliards de dollars), alors même que l’Allemagne est le pays d’Europe où il y a le plus grand nombre d’acheteurs par Internet (18 millions) (Forrester Research 2002d). Une enquête auprès des utilisateurs de cartes de crédit des principaux pays d’Europe montre que le chiffre d’affaires du commerce en ligne a beaucoup progressé en 2002 pour toutes les catégories de produits, l’augmentation allant de 47 % pour les produits électroniques grand public à 112 % pour les produits informatiques et les sports. D’après cette étude, la vente en ligne de billets d’avion est le segment du commerce électronique le plus dynamique en Europe occidentale, avec une hausse de 1 236 % en un an 25. D’après d’autres sources, la vente en ligne de services de voyages en Europe représentera  5 % du total en 2003 et 20 % en 2007 (International Herald Tribune 2003).

En dehors des catégories de produits qui se vendent particulièrement bien en ligne, un nombre croissant de clients emploient l’Internet pour préparer des achats d’un montant important pour lesquels la transaction se fera de façon traditionnelle (immobilier, automobile par exemple). Pour cela, ils cherchent des renseignements sur les qualités des produits, lisent des articles qui ont été publiés à leur sujet, comparent des prix et font des demandes de prêts. Le financement de la consommation n’est pas la seule activité bancaire en ligne. Dans l’Union européenne, 60 millions de personnes, soit 18 % de la population adulte, emploient des services bancaires en ligne (Forrester Research 2003a).

En dehors de l’UE et des États-Unis, on n’a guère pu trouver de données récentes pour compléter celles publiées dans la version 2002 du Rapport sur le commerce électronique et le développement. Les observations générales faites dans ce rapport au sujet du développement du commerce électronique dans les différentes régions restent donc valables pour l’essentiel et ne sont pas reproduites dans les paragraphes suivants, qui visent à compléter et à actualiser cette information dans la mesure du possible.

Les pays en transition d’Europe orientale continuent d’investir dans les infrastructures, mais dans la plupart de ces pays les conditions d’une croissance dynamique du commerce électronique ne sont pas réunies. La situation est meilleure dans certains pays d’Europe centrale (République tchèque, Hongrie et Pologne). Le taux de pénétration de l’Internet augmente; d’après IDC, il atteindra 17 % à la fin de 2003 et 27 % en 2006. Cela devrait favoriser la croissance du commerce électronique pour la vente au détail, mais dans la plupart des pays de la région, le chiffre d’affaires du commerce électronique, estimé à 400 millions de dollars en 2003, ne dépassera probablement pas une infime fraction du total du chiffre d’affaires de la vente au détail pendant les prochaines années (IDC 2003a).

Dans la région Asie-Pacifique, la vente aux particuliers reste très modeste comparée aux transactions interentreprises. Selon certaines estimations, son chiffre d’affaires était de quelque 15 milliards de dollars en 2002 et il devrait atteindre 26 milliards de dollars en 2003 (eMarketer 2002a). Cela correspondrait à 10 % environ du chiffre d’affaires total du commerce interentreprises en ligne. L’essentiel du volume des transactions est généré par le Japon, l’Australie et la République de Corée.

Au Japon, d’après les données de l’Office national de statistique pour 2001, 10,5 % des entreprises faisaient des transactions en ligne (vente à des particuliers ou à d’autres entreprises) par l’Internet ou au moyen d’autres réseaux. Les sous-secteurs les plus avancés étaient les banques (59,2 %), les services d’information et de recherche (31,6 %), le commerce de détail de produits de grande consommation (28 %), la vente au détail de véhicules automobiles et de bicyclettes (27,5 %) et le commerce de gros de produits divers (23,7 %). La proportion d’entreprises employant l’Internet pour la vente aux particuliers était de 3,5 %. Parmi les entreprises cotées à la Bourse de Tokyo en 2000, 58,5 % n’avaient aucune intention d’adopter le commerce électronique pour la vente aux particuliers et 20,9 % avaient l’intention de le faire au cours des trois années suivantes (National Statistics Bureau of Japan 2002). L’Office japonais de statistique n’a pas publié d’estimations du chiffre d’affaires du commerce électronique 26. Le nombre de personnes réalisant des achats en ligne a été estimé à 20 millions en 2001 (Visa International Service Association 2002).

En République de Corée, d’après l’Office national de statistique, le montant total des transactions électroniques a atteint 177 810 milliards de won (148,12 milliards de dollars) en 2002, soit 49,4 % de plus qu’en 2001. Sur ce total, la vente aux particuliers représentait 5 043 milliards de won (4,2 milliards de dollars), soit 95,5 % de plus qu’en 2001 (Korea National Statistical Office 2003).

En Chine, la population importante et en forte croissance des internautes est réfractaire à l’achat en ligne. Les deux obstacles couramment mentionnés sont le manque de confiance et le fait que très peu de Chinois ont une carte de crédit. D’après une enquête officielle, 11 % des internautes chinois visitent des sites d’achat, 3,6 % utilisent la banque en ligne et 5,5 % visitent des sites boursiers. Les deux tiers des utilisateurs disent qu’ils n’ont jamais rien acheté en ligne, mais 24,7 % ont l’intention de le faire l’année prochaine et 42 % envisagent de le faire (China Internet Network Information Center 2003). Il est difficile  de dire quel a été l’effet de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) sur la vente en ligne aux particuliers en Chine. D’une part, en entraînant un fléchissement conjoncturel durant le premier trimestre de 2003, elle a peut-être freiné l’expansion du commerce électronique en réduisant les revenus disponibles. D’autre part, elle a pu inciter les Chinois à employer l’Internet pour trouver des informations. La messagerie textuelle, qui dans les premiers mois de 2003 était en grande partie liée à l’épidémie, serait une importante source de recettes pour les portails Internet chinois (Business Week 2003).

En Amérique latine, d’après des études de marché, le chiffre d’affaires total du commerce de détail en ligne était de 2,3 milliards de dollars en 2002 et de 4,5 milliards de dollars en 2003 (E-Consulting 2003). Les trois marchés les plus importants sont le Brésil, l’Argentine et le Mexique. Le Brésil, avec une population d’utilisateurs beaucoup plus importante et diversifiée, est le pays le plus avancé en la matière et son marché représente aujourd’hui 50 à 60 % du total du marché latino-américain du commerce de détail en ligne. D’après une enquête faite en 2001, 85,6 % des consommateurs en ligne brésiliens étaient satisfaits des services offerts par les commerçants du pays ( IDG Computerworld do Brasil 2003). Les principaux produits vendus en ligne sont les CD et les DVD (26 %), les livres et revues (23,2 %) et les produits électroniques (7,5 %). Il n’existe pas d’estimations officielles du montant total de la vente en ligne aux particuliers au Brésil. D’après des sources privées, en 2002 le chiffre d’affaires aurait été compris entre 308 millions de dollars (sans compter les ventes aux enchères, les billets d’avion et les ventes d’automobiles) (BCEC et E-Consulting 2003) et 1,4 milliard de dollars (E-Consulting 2003). L’importance de la vente d’automobiles, qui représente environ 60 % du total des ventes en ligne au détail, est une particularité du marché brésilien. Les prévisions de croissance du commerce électronique au détail vont de près d 100 % (Chambre brésilienne du commerce électronique) à 36 % (E-Consulting Corp.). Le montant moyen des achats a augmenté de 15 % en 2002, pour atteindre 78 dollars (BCEC 2003).

En Argentine et au Mexique, l’utilisation de l’Internet est surtout répandue dans les catégories socio-économiques les plus élevées. Malgré la crise économique subie par l’Argentine en 2002, le nombre d’utilisateurs dans ces pays a progressé de plus de 12 %, pour atteindre plus de 4 millions de personnes, soit le double du nombre de lecteurs de quotidiens (D’Alessio/IROL 2003) 27. Le nombre d’acheteurs en ligne a légèrement progressé en 2002 (de 52 % à 53 %), tandis que le nombre de personnes employant les services en ligne pour faire des recherches puis achetant dans les magasins traditionnels est tombé de 73 % à 65 %. En 2003, il semble que le nombre de personnes achetant en ligne et le nombre de personnes achetant dans les magasins traditionnels ont tous deux diminué (tombant à 48 % et à 46 %). Comme dans de nombreux pays en développement, le manque de confiance est le principal motif mentionnés par ceux qui n’achètent pas en ligne (52 %), les autres obstacles étant l’absence de contact direct avec le vendeur, le coût relativement élevé et les difficultés de livraison (13 %).

La banque en ligne est une activité qui semble mieux se développer en Amérique latine que dans d’autres pays. Elle est le fruit d’initiatives des banques traditionnelles, qui l’ont employée pour fidéliser leurs clients et d’accroître leurs marges d’exploitation. Les banques en ligne « pures » (sans réseau traditionnel) n’ont guère eu de succès dans la région. Dans certains cas, des situations très particulières – comme la restriction des retraits bancaires imposée par les autorités argentines – ont incité les clients des banques à employer les services bancaires en ligne, en particulier pour les paiements. Dans d’autres pays, les banques ont offert un accès gratuit à l’Internet pour attirer des clients. Deux banques brésiliennes, la Bradesco et la Banco do Brasil, ont aujourd’hui plus de 4 millions de clients en ligne chacune (eMarketer 2002b). Au Mexique, le nombre d’utilisateurs de la banque en ligne a plus que triplé, passant de 700 000 en 2000 à 2,4 millions en 2001, et il pourrait atteindre 4,5 millions en 2005 (eMarketer 2002b). Une des raisons du succès de la banque en ligne en Amérique latine semble être que les banques ont veillé à offrir aux clients plusieurs moyens d’accéder à leurs comptes (Internet, téléphone, liaison sans fil). Toutefois, comme seule une proportion relativement faible de la population a un compte bancaire, l’expansion de la banque en ligne sur ce continent pourrait bientôt atteindre ses limites. Pour réduire le coût des circuits de distribution traditionnels les banques devront attirer encore davantage de clients en ligne et les inciter à employer plus souvent les services offerts.

 Parmi les autres pays d’Amérique latine, le Chili est un des plus dynamiques, le chiffre d’affaires du commerce électronique atteignant 2,5 milliards de dollars en 2002, soit 75 % de plus qu’en 2001. Sur ce total, la vente aux particuliers représentait 40 millions de dollars (0,2 % du total du commerce de détail) 28. Cela correspond à une progression de 30 % par rapport à 2001 et de plus de 100 % par rapport à 2000.

En ce qui concerne l’Afrique, les estimations les plus récentes du commerce en ligne dont on dispose ont été publiées dans le Rapport 2002 sur le commerce électronique et le développement. Les chiffres indiqués dans des études de marché publiées en 2001 sont de 4 millions de dollars pour 2002 et 70,6 millions de dollars pour 2003 (Forrester Research 2001).

  1. Le commerce en ligne interentreprises

Les statistiques officielles des États-Unis (tableau 1.13) confirment que les transactions interentreprises sont prépondérantes dans le commerce en ligne (US Census Bureau 2003a). En 2001, le chiffre d’affaires du commerce interentreprises était de 995 milliards de dollars, soit 93,3 % de l’ensemble du commerce en ligne réalisé dans le pays. Cette activité est concentrée dans un petit nombre de branches de production. Les premières entreprises qui ont adopté le commerce en ligne sont celles de l’industrie manufacturière, dont le commerce en ligne représentait 18,3 % du total en 2001, et les grossistes, avec 10 % du total. Le chiffre d’affaires du commerce interentreprises en ligne a diminué en 2001, mais seulement de 0,2 %, alors que le chiffre d’affaires global diminuait de 3,94 %. La part du commerce en ligne dans le total des échanges interentreprises est donc passée de 14,35 % à 14,9 %. Lorsque les échanges interentreprises se redresseront, il est probable que la part des transactions en ligne augmentera rapidement, d’autant plus que les systèmes d’achat par Internet sont de plus en plus intégrés dans les systèmes de gestion.

Au moment de la rédaction du présent rapport, il n’existait pas de données officielles sur les transactions interentreprises en ligne dans l’Union européenne. Selon des estimations privées, le chiffre d’affaires pour 2002 atteindrait entre 185 milliards et 200 milliards de dollars 29.

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Forrester Research prévoit un chiffre d’environ 520 milliards de dollars (465 milliards d’euros à l’époque) pour 2003,de 945 milliards d’euros en 2004 et de 2 219 milliards d’euros en 2006. D’après cette étude, en 2004 le commerce en ligne représenterait près de 10 % du total des transactions interentreprises, ce qui supposerait un taux de croissance spectaculaire étant donné que la proportion était inférieure à 1 % en 2001. À la fin de la période couverte par cette prévision, les branches d’activité dans lesquelles le pourcentage de transaction interentreprises en ligne serait le plus élevé sont celles des équipements électriques (40 %), de la logistique et du stockage (30 %), des produits chimiques, caoutchoucs et matières plastiques (30 %), de l’énergie et des services d’utilité publique (28 %), des industries minières et métallurgiques (27 %) et de la construction de véhicules (27 %). Les volumes les plus importants se trouveraient en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, pays dans lesquels, d’après l’étude, au moins 26 % des transactions interentreprises se feraient ligne. En ce qui concerne l’intensité de l’utilisation, les pays nordiques devraient ouvrir la voie, avec 17 % d’échanges interentreprises en ligne en 2004, tandis que l’Italie, l’Espagne et plus encore les autres pays du sud de l’Europe devraient rester en retard. Ces différences reflètent les différences de l’investissement annuel moyen par habitant dans l’informatique. La Suède et le Danemark y consacrent plus de 150 % de la moyenne (588 euros par habitant), contre 57 % en Italie et 46 % en Espagne.

En Europe centrale et orientale (où 90 % du commerce en ligne sont imputables à trois pays seulement, la République tchèque, la Hongrie et la Pologne), selon certaines projections le commerce interentreprises en ligne atteindra quelque 4 milliards de dollars en 2003. Ce chiffre pourrait monter à 17,6 milliards en 2006 (IDC 2003a). Bien que dans ces trois pays l’accès à l’Internet et son utilisation soient aujourd’hui largement répandus, il est clair que dans les petites entreprises en particulier l’Internet n’est pas encore employé pour réaliser des transactions.

Dans les économies les plus dynamiques de la région Asie-Pacifique, le commerce en ligne est de plus en plus perçu par les entreprises comme une évolution inéluctable. Les gouvernements de la région ont souvent fait de l’amélioration des infrastructures et des compétences qui sont nécessaires pour s’intégrer efficacement dans l’économie numérique une de leurs priorités. En conséquence, le commerce interentreprises en ligne devrait croître rapidement, passant d’environ 120 milliards de dollars en 2002 à quelque 200 milliards en 2003 et 300 milliards en 2004 (eMarketer 2002a).

Au Japon, 8,1 % des entreprises font des transactions en ligne avec d’autres entreprises et la proportion de celles qui emploient le commerce en ligne pour vendre aux particuliers est deux fois moins élevée (National Statistics Bureau of Japan 2002); 4,6 % des entreprises l’emploient pour la prise de commandes, 4,2 % pour le placement des commandes, 1,8 % pour le service après-vente et 1,5 % pour le transport et la distribution. Les branches d’activité qui font un emploi supérieur à la moyenne du commerce interentreprises en ligne sont les suivantes : industries manufacturières, finance et assurances, commerce de gros et de détail, services généraux et transports et communications (National Statistics Bureau of Japan). L’Office japonais de la statistique n’a pas cherché à déterminer le chiffre d’affaires du commerce en ligne, mais d’après une enquête réalisée en 2001, le montant des transactions interentreprises aurait atteint 34 030 milliards de yen (281,36 milliards de dollars) en 2001, 43 950 milliards de yen (349,89 milliards de dollars) en 2002 et 61 270 milliards de yen (516 milliards de dollars) en 2003 (Electronic Commerce Promotion Council of Japan 2002).

En République de Corée, d’après les statistiques officielles, en 2002 les transactions interentreprises en ligne se sont chiffrées à 155 708 milliards de won (129,71 milliards de dollars) et les transactions en ligne entre les entreprises et le secteur public à 16 631 milliards de won (13,85 milliards de dollars). Le montant total de ces transactions a augmenté de 48,6 % par rapport à 2001. Ces deux catégories de transactions représentaient 97 % du commerce en ligne en 2002 (Korea National Statistical Office 2003). Sur le total du commerce interentreprises, 79,4 % étaient réalisés dans le cadre de ce que l’Office coréen de statistique appelle des transactions « fermées », c’est-à-dire des transactions entre des grandes sociétés et des fournisseurs avec lesquels elles ont établi une relation durable cimentée par le commerce en ligne. Le montant des transactions réalisées par l’Internet équivalait à 94,7 % de l’ensemble du commerce interentreprises en ligne. Les deux plus gros utilisateurs du commerce interentreprises en ligne étaient l’industrie manufacturière, avec 75,8 % du total, et le commerce de gros et de détail (16,5 %).

En Chine, d’après une enquête sur un échantillon représentatif d’entreprises manu-facturières, de commerces et d’établissements financiers dans plusieurs provinces 30 69,5 % des entreprises avaient un site Internet, 28,7 % avaient un réseau extranet accessible à leurs partenaires commerciaux, 21,9 % avaient un réseau extranet accessible à leurs clients et 25 % employaient l’échange de données informatisées (EDI) (CRITO 2002). Les utilisations les plus couramment mentionnées de l’Internet étaient le service après-vente, la publicité et la commercialisation, ainsi que l’échange de données opérationnelles avec les clients et les fournisseurs. Parmi les entreprises étudiées, 23 % vendaient en ligne et 21,3 % achetaient en ligne, et les transactions en ligne  représentaient en moyenne 2,1 % de leur chiffre d’affaires total.

En Inde, le commerce électronique interentreprises est très concentré dans l’exportation de services informatiques et d’autres services aux entreprises tels que les centrales d’appel, la transcription des dossiers médicaux et l’extraction de données. En 2002-2003, les exportations de logiciels et de services informatiques ont atteint 9,5 milliards de dollars, soit 26,3 % de plus qu’en 2001-2002 (Nasscom 2003). L’industrie indienne des services informatiques est une réussite exemplaire qui a été rendue possible en grande partie par l’adoption du commerce électronique. Pour l’avenir, l’Inde devra faire évoluer ses services informatiques et de sous-traitance des fonctions des entreprise vers des activités à plus forte valeur ajoutée, en particulier dans des créneaux plus lucratifs mais qui demandent aussi plus de compétences, tels que la recherche-développement ou l’ingénierie. Le lecteur trouvera au chapitre 5 des renseignements plus détaillés et des analyses approfondies de ces activités en Inde et dans le reste du monde.

En Amérique latine, le volume du commerce électronique interentreprises augmente surtout au Brésil, en Argentine et au Mexique. Sur le marché brésilien, d’après un indice créé durant le premier trimestre de 2003, la valeur totale des transactions interentreprises en ligne réalisées durant ce trimestre était d’environ 34 milliards de reais (environ 11,6 milliards de dollars) (BCEC et E-Consulting 2003). Ce chiffre est très supérieur aux estimations antérieures de la même source selon lesquelles le chiffre d’affaire total du commerce électronique interentreprises en Amérique latine aurait atteint 6,5 milliards de dollars en 2002 et 12,5 milliards de dollars en 2003. Sur ce total, le chiffre d’affaires généré par le Brésil devrait être de 3,7 milliards de dollars en 2002 et 6,8 milliards de dollars en 2003 (E-Consulting 2003). D’après les estimations les plus récentes, les transactions en ligne entre les entreprises et le secteur public au Brésil auraient atteint 1,2 milliard de dollars en 2002 et devraient atteindre 2,6 milliards de dollars en 2003 (E-Consulting 2003). Plus de 90 % du total des transactions électroniques interentreprises sont imputables aux 30 premières entreprises brésiliennes et le Brésil serait le premier pays d’Amérique latine pour ce qui est du commerce interentreprises en ligne (BCEC et E-Consulting 2003).

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Chapitre 2

LES TIC, L’INTERNET ET LA PERFORMANCE ÉCONOMIQUE : INCIDENCES POUR LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT

  1. L’émergence de l’économie de l’information

Ces dernières années, les économies de plusieurs pays, notamment celle des États-Unis, ont été très dynamiques. À la fin des années 90, elles ont pu croître à un rythme plus rapide qu’à aucun autre moment depuis la première crise du pétrole de 1973, tandis que l’inflation restait très modérée. Cette combinaison de forte croissance et de faible inflation a été imputée à la diffusion des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) et en particulier de l’Internet. Elle résulterait des gains de productivité que les TIC ont permis de réaliser dans la production et la distribution des biens et des services, ainsi que des améliorations qu’elles ont permis d’apporter à l’organisation des administrations et des entreprises.

Le fait que les TIC et l’Internet soient devenus un des grands moteurs de l’activité économique a accru la demande de travailleurs intellectuels, attiré davantage de capital risque pour la création d’entreprises dans ce secteur et accéléré l’innovation technologique. En conséquence, la connaissance sous diverses formes représente aujourd’hui une part croissante de l’actif des entreprises. Cet ensemble de transformations macroéconomiques et microéconomiques, qui a fait de l’information, du savoir et des réseaux qui permettent de les échanger un des principaux facteurs de croissance, a conduit de nombreux observateurs à employer des expressions telles que « nouvelle économie », « économie de l’information », « économie du savoir » ou « économie des réseaux ».

Toutefois, la chute brutale des cours boursiers depuis mars 2000 et le fléchissement conjoncturel qui l’a suivi ont suscité des doutes au sujet des effets à long terme des TIC et de l’Internet. La chute des cours boursiers a temporairement  réduit le volume des capitaux disponibles pour la création d’entreprises et pour les investissements dans les infrastructures des TIC, si bien que le niveau de ces investissements est peut-être suboptimal du point de vue de l’ensemble de la société 1.

Il est aussi probable que les interventions de l’État sur le marché de l’innovation ont permis d’obtenir des externalités liées aux TIC qui ont contribué à stimuler l’économie des États-Unis et d’autres pays développés. La nécessité d’un appui public à l’innovation du secteur privé est liée au fait qu’il se peut qu’en raison des imperfections du marché le niveau de l’investissement soit inférieur à l’optimum social. Par exemple, les petites entreprises de haute technologie ont souvent du mal à obtenir les capitaux nécessaires pour investir dans l’innovation. C’est une des principales raisons pour lesquelles de nombreux gouvernements subventionnent la R&D des PME (Siegel, Waldman and Link 2003). Les interventions visant à remédier aux défaillances du marché consistent notamment à promouvoir le capital risque et à investir des fonds publics dans les PME. L’État doit en outre adopter de nouvelles normes, faciliter la coopération dans la R&D par une aide financière et une adaptation de la réglementation, accorder des subventions et des crédits d’impôt pour la R&D (Martin and Scott 2000) et forger des partenariats public-privé dans le domaine de la technologie. Comme le font observer Martin et Scott (2000), un autre moyen de remédier aux défaillances du marché de l’innovation consiste à créer des partenariats technologiques public-privé, qui peuvent prendre diverses formes, telles que des subventions publiques pour financer des projets réalisés par des entreprises privées, la mise en commun des ressources humaines et des équipements de laboratoire, la création d’incubateurs technologiques dans les universités, la création de parcs scientifiques, la conclusion d’accords de licence entre les entreprises et les universités et la création d’entreprises à partir des universités. Selon quelques résultats préliminaires (Siegel, Waldman and Link 2003), l’adoption de programmes technologiques ciblés aurait entraîné une réduction des défaillances du marché dans les pays développés.

Bien que de nombreux responsables politiques, dirigeants d’entreprises et producteurs et utilisateurs des TIC restent optimistes pour ce qui est de l’impact économique à long terme des TIC et de l’Internet, il est indispensable de faire une analyse détaillée et lucide de cette question. Un tour d’horizon des travaux récents menés dans ce domaine est particulièrement utile pour les pays en développement pour deux raisons. Premièrement, ces pays n’ont pas encore exploité toutes les possibilités des TIC et sont encore en train d’élaborer des stratégies et politiques pour promouvoir leur adoption (c’est une question que nous examinerons plus en détail au chapitre 3). Deuxièmement, ils ont moins de ressources à consacrer à ces activités et ne peuvent donc pas se permettre de faire autant d’erreurs que les pays développés. Une évaluation objective de cette question aurait d’importantes incidences sur les politiques publiques, car elle permettrait aux pays en développement de formuler et de mettre en œuvre des stratégies optimales en matière de TIC et de commerce électronique, ce qui faciliterait la réalisation des objectifs de développement du Millénaire adoptés dans le cadre des Nations Unies.

Dans le présent chapitre, nous analyserons la littérature concernant les liens entre les TIC, l’Internet et les gains de productivité aux niveaux de l’entreprise, de la branche de production et de l’économie nationale. Nous fournirons le plus grand nombre de données possibles concernant l’impact des TIC et de l’Internet sur les entreprises et les branches de production des pays en développement, mais ces données sont très lacunaires. Nous examinerons aussi les données internationales qui illustrent ce phénomène de mutation technologique nécessitant des compétences spécialisées et l’impact du commerce électronique sur l’organisation des entreprises traditionnelles. Pour terminer, nous donnerons un aperçu des principales conclusions de la littérature analysée et formulerons des recommandations à l’intention des gouvernements qui souhaitent exploiter les TIC et le commerce électronique pour stimuler la croissance économique.

  1. Le débat sur la productivité 1. L’impact global des TIC

La question de savoir si l’Internet aura sur l’ensemble de l’économie un impact global similaire aux grandes révolutions technologiques du passé a beaucoup retenu l’attention ces dernières années. Cela est compréhensible étant donné qu’entre 1987 et 2001 le prix des ordinateurs, compte tenu des progrès qualitatifs, a diminué de plus de 95 pour cent, ce qui a permis une diffusion extrêmement rapide des TIC : en 2000, l’investissement dans les TIC a représenté 40 pour cent du total des investissements des entreprises aux États-Unis. On peut s’attendre à ce qu’un tel investissement ait des effets sur la productivité des entreprises. Toutefois, ces effets ne sont pas toujours faciles à discerner, d’où la nécessité d’élucider le « paradoxe de la productivité » (Solow 1987) 2. En même temps, plusieurs études, comme celle de Liebowitz (2003), ont souligné les limites de l’impact de l’Internet sur l’économie, particulièrement en ce qui concerne les échanges entre entreprises et consommateurs.

Un très grand nombre d’études des liens entre les TIC et la performance économique ont été publiées ces dernières années. En général, leurs auteurs cherchent à déterminer l’impact des TIC sur la productivité, mais certains ont aussi étudié des aspects tels que la rentabilité des entreprises et les cours boursiers. Des études empiriques ont été faites à tous les niveaux (établissement, entreprise, branche de production et économie nationale). De nombreux auteurs font une analyse économétrique au moyen d’une fonction de production de CoggDouglas simple, avec un intrant additionnel correspondant aux investissements dans les TIC, par opposition aux investissements traditionnels (bâtiments et équipements). D’autres (par exemple Lichtenberg 1995 et Brynjolfsson et Hitt 1996) ont fait des estimations employant la quantité de travail correspondant aux TIC (c’est-à-dire en général le nombre de salariés considérés comme informaticiens).

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